Annex 5
Report on Mauritania
René Grojean
Décembre 1997
Le Programme de lutte contre l'abandon des terroirs villageois, plus connu localement sous le nom de "Programme Assaba", a débuté en octobre 1994, pour une durée de 4 ans. Il a pour objectif de limiter l'exode rural et favoriser la fixation des populations dans les terroirs, par la combinaison et la complémentarité d'interventions dans divers secteurs comme l'agriculture, l'élevage, la santé, l'éducation, l'environnement et la gestion communale.
Les différentes activités du Programme sont localisées dans 23 terroirs, correspondant aux aires d'influence des anciens et nouveaux (4) barrages financés par le FENU. La population cible visée par le Programme (hors population de Kiffa) s'élève à environ 35.000,00 habitants.
Le financement total est de l'ordre de 13 million US$, assuré conjointement par le FENU (10,7 M$) pour les infrastructures et aménagements, et par le PNUD (92,5 M$) pour le financement de l'unité de coordination (U.C.) du projet.
La Mission était composée de René Grojean et de Fodié Diagana (Chargé des projets FENU au PNUD-Nouakchott). Elle a séjourné en Mauritanie du 19 au 27 novembre 1997 et sur le terrain du 21 au 26/11/97. La Mission a pu rencontrer les représentants des principaux partenaires institutionnels et techniques (le PNUD, le Plan, la DEFV - vulgarisation agricole -, la DEAR - environnement -), ainsi que plusieurs agences de coopération travaillant dans des domaines similaires (GTZ, UE,...).
A Kiffa, la Mission a pu s'entretenir avec le Wali (Gouverneur), le Maire et ses conseillers, la Délégation rurale (services techniques), les représentants de projets et d'ONG ("projet oasis", "World Vision",..), ainsi qu'avec les populations de plusieurs communautés (Guevara, Mekanet, Boumdeid) et leurs représentants, élus et traditionnels.
Le consultant souhaite remercier l'ensemble de différentes personnes pour l'accueil, la disponibilité et les contributions à une meilleure connaissance et compréhension du fonctionnement du projet (avec une mention toute spéciale pur Mr. Fodié Diagana).
1. Concept de l'Eco-Développement Participatif (EDP)
1.1. Avant Propos
Bien qu'elle soit implicitement exprimée dans les documents-cadres du Programme, l'approche EDP n'a véritablement été développée comme outil de travail qu'à partir du recentrage opéré par la mission technique du FENU en février 1997.
La formation à et l'utilisation des outils de l'EDP (carte socio-foncière, banque de données), initiée en mars (1 semaine) et juin 1996 (2 semaines), a été poursuivie en mai 1997 (2 semaines). L'assimilation fonctionnelle de ces formations a été également favorisée par le concours de l'expert cartographe du projet PDRM (Niger). Fin novembre 1997, deux Plans de Développement de Terroir (Guevara et Mekanet) étaient entièrement réalisés ainsi que sept cartes socio-foncières.
Du fait du caractère récent de cette mise en œuvre de l'approche, il est encore beaucoup trop tôt pour apprécier la pertinence de l'EDP. Il sera toutefois très intéressant de mesurer l'intérêt d'une telle approche dans le ce contexte socio-écologique particulièrement difficile.
1.2. Perception de l'approche EDP
Pour une meilleure compréhension des propos quelque peu contrastés sur le concept et l'approche EDP, il est souhaitable de les situer dans le contexte particulier e l'intervention. Au cours des deux dernières décennies, la grande majorité des populations de cette région a été contrainte de se sédentariser et d'abandonner le mode d'existence du nomadisme.
L'Assaba (36.000 km2) étant à plus de 70 % une zone composée de pâturages naturels pour un élevage extensif, de nombreux néo-sédentaires se sont installés dans un "provisoire-définitif" le long de la route de l'Espoir, afin de bénéficier d'une assistance alimentaire qui perdure depuis de nombreuses années.
L'augmentation des surfaces agricoles cultivables (0,06% des terres de la région) derrière barrage constitue très certainement une orientation efficace pour sécuriser la production agricole, le retour et la fixation de ces populations. Les conditions psychologiquement déstabilisantes du vécu des populations, la disponibilité et la répartition des parcelles de décrue vont constituer des enjeux importants, tout particulièrement dans la prise en considération des groupes les plus défavorisés.
* Au niveau des différents Ministères, le discours général à propos du concept ou de l'approche EDP est pour le moins réservé, dans l'attente de réalisations effectives (et tout particulièrement des barrages). Le Secrétariat G1 du Plan va même jusqu'à se déclarer "hostile à ces problèmes de concepts / approches, alors que l'important est l'amélioration des conditions de vie des populations".
D'une manière plus nuancée, la Direction de Vulgarisation (DRFV) regrette la "greffe de ce concept à d'autres et que les gens ne comprennent pas", tout en précisant que "la démarche participative est une réalité depuis plus de dix ans sur certains projets en Mauritanie".
Le concept de la Gestion de Terroirs (GT) est quelque peu "égratigné" par certains opérateurs comme la GTZ (Projet de Gestion Intégrée des Ressources Naturelles), qui considère que l'approche GT n'est plus pertinente en Mauritanie, du fait que la grande majorité des producteurs tire ses ressources de l'élevage.
* La perception de l'équipe du projet est guidée par le souci de la conduite des activités inscrites avec détails dans le document de projet, en associant au mieux l'expression des préoccupations des populations. Les 51 conventions d'opérations (en cours de réalisation) ne diffèrent pas vraiment de ce que l'on trouve, tant dans les deux PDT que dans la liste des activités du document de projet (ce qui n'est pas sans poser la question de l'utilité des nombreux outils du guide opérationnel).
* Comme dans le cas du PDRM (Niger), les populations, confrontées à des conditions de vie précaires, sont à la fois ouvertes à toute approche permettant l'expression de leurs préoccupations et légitimement soucieuses de délais raisonnables dans la mise en place d'activités.
2. L'approche EDP
2.1. Formulation du Projet
* La formulation du Programme de lutte contre l'abandon des terroirs villageois de l'Assaba est constituée de 5 projets précisant des zones, des activités et des budgets bien définis dans les documents de chaque projet.
Les projets No 1 - "valorisation des eaux de surface" et No 2 - "protection et aménagement de l'espace" concernent l'aménagement et la sécurisation des pratiques productives de décrue derrière barrages. Les projets No 3 - "amélioration de l'approvisionnement en eau et en infrastructures" et No 4 - amélioration des infrastructures communales et création d'activités à Kiffa" permettent à la fois une première approche et mesure de l'articulation des dynamismes potentiels entre d'une part, les terroirs et la commune de rattachement et d'autre part, les communes et le centre principal régional.
* Compte tenu du degré d'avancement de la politique nationale de décentralisation et d'autonomie de fonctionnement des municipalités démocratiquement élues, la mise en application de ces différents projets sur le terrain permet de tester à la fois les outils de l'EDP, mais aussi les principes et les mécanismes des Fonds Locaux de Développement (FLD).
Dans le cadre de la construction d'infrastructures sociales (projet No 3), plusieurs municipalités ont été associées dans les différentes étapes du processus (programmation, gestion des travaux,...). Il convient également de noter qu'un volet de microfinance sera initié ultérieurement dans le Programme Assaba.
Cette complémentarité des trois volets de développement du FENU semble ici tout indiquée et constituerait un terrain favorable pour la conjugaison de ces divers dynamismes.
2.2. Capacité d'extension du champ d'intervention
* La conception du programme actuel est orientée vers la mise en valeur des infrastructures (tout spécialement des barrages). En regard de l'importance des études et des coûts de construction, l'extension d'une telle stratégie n'est possible qu'avec le concours d'une assistance extérieure.
Cette capacité d'intervention est d'abord liée à la qualité et à la pertinence d'éventuels acquis techniques et / ou méthodologiques du projet ainsi qu'à l'intérêt et aux capacités techniques et financières des bénéficiaires (individus / communes) pour reproduire ces acquis. Dans cette logique, les essais en cours pour le recours à des digues filtrantes (diguettes) offrent une plus grande opportunité d'appropriation et de reproduction par les populations.
* La reproduction de savoir-faire susceptibles d'allier l'aménagement de systèmes productifs et la restauration du milieu (reboisement, fixation des dunes, mise en défens,...) vont dépendre, non seulement de l'acquisition de telles pratiques, mais surtout de la prise en compte de la sécurité foncière autour de tels aménagements et d'un câblage approprié des acteurs / bénéficiaires de base.
* La capacité de reproduction des infrastructures (niveau Kiffa, comme niveau des communes) est assez réduite - actuellement - en l'absence d'allocations budgétaires décentralisées au niveau des communes. Les faibles recettes fiscales ne sauraient financer des investissements de cette importance.
2.3. Capacité de moduler la formulation du programme
* La question posée ici permet de refléter d'éventuels changements qui résulteraient des négociations conduites avec les populations et / ou partenaires de concertation (Communes) ou d'exécution (ONG, services techniques,...).
Au niveau des communautés de base, les différentes activités programmées dans les deux PDT disponibles montrent l'existence d'une marge de manoeuvre interne importante dans la description et les financements prévus dans les projets 2 et 3. Les projets 1 (construction et entretien des barrages) et 4 (infrastructures communales de Kiffa) sont par contre plus rigides, du fait d'investissements importants et des fortes pressions s'exerçant sur la direction du Programme.
La Cellule de Coordination a pris des initiatives en vue de moduler les caractéristiques de certaines interventions, tout particulièrement en associant les maires de certaines communes et la programmation d'infrastructures sociales (écoles, centres de santé).
Comme dans le cas du PDRM, il est recommandé que d'éventuelles modifications significatives de la formulation soient l'expression de l'équipe du Programme, mais que sa mise en application s'insère dans une coordination / formation avec les concepteurs de l'approche.
3. Les outils de l'EDP
Comme mentionné dans l'avant-propos, l'approche EDP a moins de six mois d'existence dans le Programme: "la méthodologie s'introduit progressivement dans la pédagogie d'intervention de l'équipe de l'unité de coordination et dans celle des intervenants / prestataires du Programme. Elle n'a été cependant opérationnelle qu'à la suite de l'équipe en méthodologie d'approche participative (juillet 1997) et de l'atelier EDP (août 1997), qui a réuni les différents partenaires du Programme" (rapport d'étape, novembre 1997).
* Les formations et le développement des outils ont été conduits sur le modèle identique à celui déjà décrit pour le PDRM (Niger). Les deux premiers PDT ont d'ailleurs été réalisés avec le concours de l'expert en cartographie du PDRM. L'étude des PDT et des PADV montre une importante similitude dans la programmation et le contenu des activités. Il est également possible d'adresser les mêmes critiques (faiblesse du diagnostic participatif, programmation stéréotypée et répétitive,...).
* Dans le contexte de cette vaste région de l'Assaba (36.000 km2), à vocation essentiellement pastorale, la pertinence de développer toute la "machinerie" des outils de l'EDP mériterait d'être précisée, sachant que le Programme:
a) n'intervient que sur une surface minime du terroir (surface de décrue, mise en défens,..),
b) que les données et les mécanismes du pastoralisme sont difficilement accessibles / maîtrisables et faiblement intégrées dans la "stratégie" des PDT.
L'observations des PDT et des réalisations d'ancrage ou micro-réalisations montre que l'acquisition des connaissances à travers les étapes MEGEVE, pour intéressante qu'elle soit, n'est pas vraiment indispensable, en regard du niveau de diagnostic et de programmation. Il convient aussi de noter une grande faiblesse (plutôt l'absence) d'analyse sur les structures de pouvoir et la question foncière (accès aux futures zones de décrue, accès à l'espace pastoral).
Ces questions sont d'une extrême sensibilité dans l'Assaba, tout spécialement dans la nature des rapports entre populations Maures et Haratines. Le programme n'aurait que peu de chances de se développer si une telle question traitant des enjeux socio-économiques était abordée de front et en contradiction avec certaines préséances socio-culturelles "admises". Il ne faudrait cependant pas perdre de vue que la finalité d'un tel programme vise, en priorité, la fixation et l'amélioration des conditions de vie des populations les plus démunies.
* Dans une telle perspective, la construction de barrages constitue des enjeux très importants et difficilement maîtrisables par l'unité de coordination quant à
l'utilisation / répartition des futures terres de décrue. La solution des digues filtrantes et d'autres diguettes permet une répartition plus équitable des réalisations avec une reproduction plus aisée de telles pratiques. Ave diplomatie et imagination, il est dès lors possible de pallier l'inertie descriptive des seuls outils de l'EDP.
4. Mise en oeuvre du programme
En novembre / décembre 1997, soit à environ mi-parcours de ce projet de 4 ans, la mise en oeuvre du programme pouvait se résumer ainsi:
a) finition des études et des procédures administratives de passation des marchés pour la construction de barrages (démarrage des travaux début 1998);
b) finalisation de 2 PDT et initiation de 5 autres;
c) poursuite des micro-réalisations d'ancrage (mise en défens, fixation des dunes, boutiques villageoises,...);
d) sous-traitance de certains programmes: aménagement des bassins versants, reboisement, formation des élus locaux et gestion communale, construction des écoles et postes de santé;
e) initiation de budgets indicatifs à l'échelon du terroir et de la commune.
4.1. Nature de la mise en oeuvre
* A l'exception du projet No 4, concernant la création d'infrastructures et d'activités dans la ville de Kiffa, l'ensemble des autres projets a été très sensible au rythme d'avancement du projet No 1, portant sur la construction des 4 nouveaux barrages (ce projet concentre quelque 6 millions de $, soit plus de 60% du total des investissement).
En date du 30/04/97, les taux de déboursement des différents projets reflétaient les orientations de travail adoptées à mi-parcours du programme:
- Projet 1: construction / entretien de barrages 14%
- Projet 2: protection / aménagement de l'espace 33%
- Projet 3: écoles/postes santé, hydraulique 10%
- Projet 4: infrastructures communales Kiffa 18%
- Projet 5: unité de coordination 87%
4.2. Niveau de qualité des réalisations
* Les réalisations visibles sur le terrain (Guevara, Makanet, Boumdeid) sont principalement des actions dites d'ancrage ou micro-réalisations. Elles concernent: la réalisation de périmètres de fixation de dunes contre l'ensablement de villages ou d'infrastructures, la clôture des barrages ou des mises en défens, des initiations de CES (diguettes en pierre, "demi-lunes"), quelques jardins maraîchers, la création des banques céréalières et de boutiques villageoises, des formations en alphabétisation et médecine vétérinaire (auxiliaire),...
* La diversité des activités entreprises rend malaisée une appréciation individuelle, d'autant plus que sur des terroirs collectifs, la mesure de l'appropriation et de la reproduction des innovations n'est généralement pas chose aisément perceptible. En règle générale, il se dégage un niveau d'engagement important des populations (appréciation générique) dans les domaines comme la fixation des dunes (quantitativement très importante à Boumdeid), la construction de diguettes (Guevara) ou la clôture de certains barrages,...
Le travail conséquent investit par les "populations" (notion qui demanderait à être précisée en Mauritanie), avec l'encadrement de techniciens forestiers, n'est pas réellement "intégré" dans les pratiques des habitants, si l'on considère que les "zriba" (haies mortes d'épineux) ne sont pas entretenues et laissent de grands passages aux animaux, que le regarni n'est pas effectué (Mekanet, Boumdeid). Il en est de même de certaines actions de CES comme les demi-lunes, reboisées sans aucune protection contre les animaux.
Toutes ces opérations sont l'expression d'une grande détermination des populations et des équipes techniques dans la mise en oeuvre d'activités pour une plus grande maîtrise du milieu. En regard des difficultés / imperfections observées dans certaines actions pilotes (novatrices dans le milieu), les intervenants gagneraient à sélectionner des parcelles de démonstration à l'échelle des capacités locales de gestion / d'entretien.
4.3. Relations avec les partenaires
Dans la perspective de pouvoir établir un cadre opérationnel plus efficace et transparent ainsi que les outils de suivi et évaluation, il serait souhaitable que l'unité de coordination puisse préalablement définir avec les partenaires d'exécution un mode opératoire d'intervention ainsi qu'un protocole portant sur le niveau et la qualité de l'exécution.
* Le souhait de pouvoir articuler conjointement recherche de dynamismes et efficience des interventions conduit à poser en préalable la définition d'un mode opératoire avec les intervenants. Cela suppose leur participation effective dans certaines phases de programmation des PDT, afin de déterminer à la fois le(s) groupe(s) cibles, le "paquet technique" (le contenu) à vulgariser et la façon de procéder.
Le mode opératoire permet aussi de prévoir, en amont des opérations, les besoins en formation qui seront nécessaires pour l'organisation et la gestion des activités dans la durée. Du fait du niveau éducatif très faible d'une partie de la population, la maîtrise de base en écriture et calcul est souvent un préalable à l'éveil des consciences. Nous avons pu constater (à Guevara) une forte demande d'alphabétisation chez les femmes.
* Le contenu du "paquet technique" ne saurait être seulement fonction du niveau de connaissance / compétence de l'opérateur, mais doit principalement relever de la concertation définie dans le protocole de qualité de chacune des actions envisagées. L'élaboration d'un tel protocole doit être conduite à partir de la capitalisation des savoir-faire entrepris dans la région (ou la sous-région).
Ces expériences définissent de véritables modes d'emploi pour la conduite des opérations sur la base d'acquis, et permettent de préciser dans le cahier des charges de l'opérateur tout un arsenal pour la conduite et le pilotage du contrat.
* A titre d'exemple, le PLEMNVASP est la continuité d'un programme de lutte contre l'ensablement conduit depuis plus de 12 ans. Après avoir travaillé (1985 / 86) en qualité d'expert FAO (approche participative contractuelle) sur ce projet, le consultant a ultérieurement rédigé un document de capitalisation sur toute cette expérience (UNSO 1991. "Lutte contre l'ensablement en Mauritanie" - 30 pages illustrées). Outre toute une série d'informations techniques et opérationnelles très pertinentes, le message de vulgarisation relatait deux principes de base pour assurer l'appropriation / reproduction de l'action de reboisement:a) il n'est pas nécessaire d'arroser un arbre après plantation (sur un substrat sableux);
b) choisir des conteneurs de 25 cm et plus pour un bon développement racinaire et l'obtention de plants supérieurs à 50 cm après 5 mois d'élevage en pépinière.
Une certaine dilution de la mémoire du développement conduit à reprendre le cycle des apprentissages aléatoires. Ainsi, dans la plantation brise-vent du jardin maraîcher de Guevara, les plantules (inférieures à 10 cm) continuent à être arrosées. Certains plants mis en terre à Mekanet 2 ont bien des difficultés à pouvoir exprimer leur désir de croissance....
Il existe à côté de cela de belles réalisations dans les fixations de dunes. La cellule de coordination gagnerait à réunir, sous forme de fiches techniques simples et opérationnelles de telles données de base, tant pour définir la nature des rapports avec les intervenants que pour faciliter la reproduction des savoir-faire par les acteurs de base.
* La nature de la relation avec les partenaires doit également tendre à mettre en place le cadre de concertation le plus approprié (efficience) dans la chaîne des interrelations. A cet effet, la Mission recommande:
- Une meilleure attention pour la définition de groupes-cibles différenciés, tout particulièrement en faveur des jeunes, des femmes et des groupes sociaux les plus démunis;
- Un effort d'équilibre et de partialité dans la prise en compte des groupes bénéficiaires et la répartition des activités (accès à la terre, à l'éducation, à la santé,..).
- La poursuite de la collaboration initiée avec les municipalités élues de plusieurs communes rurales, afin d'envisager un élargissement progressif de leur contribution à la programmation / intégration / gestion de certaines activités du projet.
- La participation des services techniques aux différentes phases d'élaboration et de concertation du projet.
- L'ajustement des besoins humains de la cellule (financement PNUD) à la mise en oeuvre du programme. A cet égard, la nomination d'un CTP au niveau de la cellule serait d'une grande utilité.
4.4. Appropriation, réplicabilité du Programme
* Dans le cadre d'une intervention très centrée sur l'aménagement de parcelles de décrue derrière barrage, il n'est guère envisageable qu'une communauté ait la capacité de financer des infrastructures aussi lourdes; quand bien même il est susceptible d'exister dans ces vastes zones pastorales des capitaux "sur pied" (bétail) particulièrement conséquents chez quelques grands éleveurs / commerçants - région de Boumdeid.
* L'orientation de vulgariser / développer des techniques plus légères et donc plus facilement maîtrisables au niveau des communautés, comme, par exemple, la démonstration des digues filtrantes et diguettes, est très intéressante et doit être vivement encouragée dans le futur.
* La collaboration avec la brigade technique de l'hydraulique , en charge de l'entretien des barrages, constitue un véritable "cas d'école" sur la nécessité de définir un mode opératoire ainsi qu'un protocole de qualité avec les intervenants. En regard des sommes importantes consacrées à la remise en état de la brigade et des contrats signés, il est nécessaire de dégager des solutions rapides pour un respect des engagements pris (intégration dans le Programme, dénonciation du contrat?...).
* Dans le domaine des actions d'aménagement / protection de l'espace, on peut s'interroger sur la capacité de certaines communautés à pouvoir réaliser des mises en défens (barrages, tamourts,...) à l'aide de grillage, comme cela est initié dans le cadre du Programme. Certaines clôtures ont nécessité plusieurs kilomètres de grillage. La "capitailisation" du mode opératoire du PLEMVASP a, par contre, permis d'utiliser des "zriba", avec, il est vrai un niveau d'entretien faible, soulignant l'appropriation relative des populations.
* Les projets 3 et 4 sont très prometteurs quant à la possibilité d'associer les autorités locales (représentants élus, représentants de l'Etat, services techniques) à la programmation et conduite des infrastructures. Il y a là une source important d'intérêt et de dynamisme parmi les représentants rencontrés. A terme, il serait envisageable d'élargir leur contribution à d'autres activités plus orientées sur la mise en place d'activités productives.
* Dans la perspective d'une réinstallation des nomades dans leur terroir d'appartenance et de leur sédentarisation, la Mission recommande la formation de maçons pour la diffusion de techniques de construction sans bois (ONG Craterre). Cela aurait pour avantage de définir avec les utilisateurs:
a) une architecture un peu plus épanouie que l'empirisme actuel;
b) la préservation de l'importante masse de bois actuellement utilisée dans le plafond ;
c) la formation d'artisans locaux et l'application des techniques dans les constructions en cours (écoles, centres de santé,...).
5. Suivi-évaluation et étude d'impact
En regard des similitudes des situations dans la mise en place des outils de suivi et d'impact dans les projets EDP, il ne présenterait aucun avantage particulier à reprendre ici les appréciations et explications décrites en détail dans le rapport pays sur le PDRM (Niger).
Selon l'état d'avancement du Programme (novembre 1997), le travail de suivi-évaluation de la cellule d'évaluation / U.C. est axé sur:
a) la collecte de données socio-économiques au niveau des terroirs de référence;
b) le recensement complémentaire des populations situées dans l'aire des barrages;
c) l'enquête mercuriale mensuelle.
Le suivi du projet consiste en l'enregistrement des conventions d'exécution à l'intérieur d'une banque de données ad-hoc au niveau de l'U.C.. L'option retenue est essentiellement celle d'un suivi comptable des déboursements, permettant de mesurer le niveau de réalisations par rapport aux objectifs contenus dans les différents projets.
Quant à l'aspect "mesure d'impact" du Programme, il est toujours, comme pour le PDRM, dans l'attente du recrutement d'un bureau d'études...
Reprécisons pour mémoire que le consultant recommande:
- que les PDT incluent une formulation (véritablement "appropriée" par les communautés);
- toute une série de mesures sur la poursuite des objectifs (préalablement fixés lors de la définition des investissements conjoints Programme / Populations);
- que ce travail, encadré par l'animateur, soit conduit régulièrement, dans le cadre d'une véritable formation aux outils de gestion et de structuration des groupes bénéficiaires.
De même que le suivi devrait être l'émanation de l'exécution des activités programmées annuellement a partir des PDT, l'impact devrait être la somme des mesures d'objectifs, préalablement définis dans les PDT entre population et l'U.C..
6. Formation et capacité des personnels
La question du statut des experts nationaux, de leur devenir ("relève!"), la coexistence au sein de l'équipe d'homologues des services techniques,..., sont des aspects assez identiques aux problèmes explicités dans le cas du PDRM (Niger), avec toutefois quelques nuances significatives:
a) le salaire des homologues nationaux (services techniques)est versé régulièrement en Mauritanie;
b) "la psychose de la relève" ne semble heureusement pas avoir touché la région de l'Assaba.
* Il y a lieu de signaler la récente (juin 1997) et heureuse initiative du recrutement de deux experts nationaux (sociologue et animation / communication). Cette "découverte" tardive de l'intérêt de tels profils dans une approche basée sur la participation montre, si besoin était, "les oublis" de conception et de mise en oeuvre de l'EDP.
* L'absence d'un CTP fait actuellement gravement défaut à la bonne marche du projet. La finalisation des études et des procédures relatives au lancement des barrages retiennent fréquemment le Directeur national et le Conseiller technique à Nouakchott. Pendant ces longues absences, l'intérim du projet est le plus souvent assuré par le Comptable; ce qui a du moins le mérite de souligner la configuration stratégique réelle du projet.
L'ensemble de l'équipe a besoin d'un encadrement rapproché, tant pour la mise en oeuvre de certains aspects de l'EDP que pour se rassurer sur sa propre capacité à diriger son action avec imagination et initiative. La séance de restitution à Kiffa a montré qu'il existe une certaine marge d'amélioration de ces capacités, tout spécialement dans le domaine de la prise d'initiatives.
* Le tableau ci-après constitue un récapitulatif des formations dispensées aux experts du Programme jusqu'à fin novembre 1997.
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Note: les chiffres entre parenthèse correspondent aux personnes encore présentes dans l'Unité de Coordination parmi celles formées.
D'autre part, les formations / informations suivantes ont été dispensée par l'U.C. pour les partenaires / bénéficiaires:
- Lancement "composante appui infrastr. Kiffa
pour la commune de Kiffa
- Formation pour le Maire et les Conseillers
- Atelier sur l'EDP (pour les intervenants, décideurs, projets similaires, Maire et Conseillers de 12 communes + Kiffa08/04 - 10/04/97
02/11 - 04/11/97
27/08 - 29/08/97
* L'analyse des formations dispensées confirme à la fois l'uniformité de diffusion / mise en oeuvre de l'EDP, sans un réel souci des particularismes locaux (PDRM...) ainsi que la focalisation sur l'apprentissage de la panoplie des outils, sans réflexion préalable sur leur utilisation / intégration dans la définition d'une problématique ou la recherche d'orientations de travail.
Le développement des outils pour les outils a conduit aux mêmes impasses que dans le projet PDRM, d'autant plus que les premiers PDT ont été conçus avec le concours de l'expert ad-hoc de ce projet. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, la lecture en aveugle" des contenus PADV / PDT ne montre pas de différences significatives, en dépit de contextes écologiques, productifs et sociaux radicalement différents.
L'intérêt de certains outils, comme la cartographie socio-foncière, sur de vastes espaces pastoraux, reste probablement un exercice intellectuel intéressant, quoique faiblement opérationnel dans le contexte de quelques centaines d'hectares de culture de décrue. On peut également s'interroger sur le faible niveau d'analyse exprimé à partir des descriptions exhaustives du milieu, tout particulièrement sur l'existence de caractéristiques socio-productives inégalitaires (accès à la terre,...).
* Les propos du Conseiller agricole de la GTZ sur "l'intérêt relatif" d'une approche Gestion de Terroirs dans les zones à vocation pastorale méritent d'être considérés comme une "capitalisation", en regard de l'importante expérience acquise dans le pays à ce propos. On peut déjà constater que les activités inscrites dans les PDT ont une forte ressemblance avec celles mises en place dans les micro-réalisations (en réalité, les actions prévues dans les projets 2 et 3).
La nécessité de développer toute la gamme des outils, telle que prévue, ne semble pas toujours d'une grande opportunité. Il serait souhaitable que l'équipe s'approprie des outils participatifs simples et adaptés à un travail interactif avec les villageois. A cette fin, il est recommandé le recours à des méthodes participatives parfaitement rodées et d'un apprentissage facile, telle que la MARP.
* Le tableau des formations souligne aussi une ouverture encore récente aux principaux partenaires dans la mise en oeuvre de l'EDP, à travers un atelier de deux jours (août 1997). Il existe dans l'Assaba une grande potentialité de coopération active et dynamique avec les élus locaux. Les exemples de conduite de certaines activités laissent présager une volonté accrue pour une participation / association progressive à une prise en charge, non seulement des infrastructures sociales, mais également pour ce qui est des activités productives.