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UNITED NATIONS CAPITAL DEVELOPMENT FUND Microfinance |
Issue 10 / March 2005 |
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Invité d'Honneur: M. Charles Konan Banny, Governeur de la Banque Centrale des Etats de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO), et Conseiller de l'Année Internationale du Microcrédit:
Question-Réponse sur l'Importance de la Microfinance pour la BCEAO
L'Union Monétaire Ouest Africaine (UMOA) a été créée en 1962. Elle regroupe actuellement huit Etats de l'Afrique de l'Ouest que sont le Bénin, le Burkina, la Côte d'Ivoire, la Guinée-Bissau, le Mali, le Niger, le Sénégal et le Togo. Ces huit pays occupent une superficie d'environ 3,4 millions de km² sur laquelle vivent environ 80 millions d'habitants. L'UMOA se caractérise notamment par une monnaie commune convertible, le franc CFA rattaché depuis 1999 à l'euro par une parité fixe de 655,957 francs CFA pour un euro et ayant cours légal dans les Etats membres. Une autre particularité de l'UMOA est l'organisation du secteur financier qui, sur la base des dispositions de l'article 22 du Traité qui l'a instituée, est régie par des Textes juridiques uniformes qui sont proposés par la Banque Centrale des Etats de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO), institut d'émission commun aux huit Etats membres de l'Union. C'est en vertu de ses prérogatives que la BCEAO a élaboré en 1993 et 1996 des textes juridiques spécifiques à la microfinance ou finance décentralisée.
La microfinance en Afrique de l'Ouest, et plus particulièrement dans les huit Etats membres de l'Union, se caractérise notamment par :
A partir de ces dispositions, des données ont été collectées auprès des institutions depuis 1993, date d'adoption des textes réglementaires. Ces données permettent d'indiquer qu'il existe en 2004 près de 650 institutions de microfinance qui disposent d'environ 3000 points de service. Ces entités offrent des services financiers à environ six millions de clients sur une population totale de 80 millions d'habitants. Une des principales caractéristiques de la microfinance dans l'UMOA est la collecte de l'épargne par toutes les institutions qui le souhaitent. En 2004, près de 248 milliards de FCFA soit environ 378 millions d'euros au taux de 655,957 francs CFA pour un euro ou 488 millions de dollars des Etats-Unis, ont été ainsi mobilisés. Les ressources locales (dépôts et fonds propres) représentent entre 75 et 80% du total de l'actif des institutions de microfinance de la sous-région. Ce secteur est en forte expansion depuis la date de mise en place du cadre juridique reflétant ainsi une confiance accrue des populations. Les principaux défis qui se posent au secteur résultent de cette forte expansion. Ils peuvent se résumer en une série d'entraves qu'il convient de lever pour assurer la poursuite de la croissance en termes d'accès d'un plus grand nombre de bénéficiaires tout en préservant la viabilité financière des institutions. Selon les intervenants, les priorités d'action sont les suivantes :
L'appui de la BCEAO au secteur de la microfinance pour lutter contre la pauvreté a commencé de manière directe à partir de 1992. Cette intervention partait du constat suivant. La restructuration du système bancaire des Etats membres de l'UMOA dans les années 80 s'est traduite par la disparition de plusieurs établissements de crédit notamment les banques de développement. Ces établissements présentaient la particularité d'intervenir en milieu rural comme en milieu urbain au profit de certaines franges de la population habituellement délaissées par les établissements de crédit classiques (agriculteurs, artisans, jeunes diplômés, micro et petits entrepreneurs, femmes exerçant des activités génératrices de revenus). Afin de maintenir l'accès aux services financiers à ces populations et de contribuer ainsi à l'élargissement de la base productive, la BCEAO a entrepris de promouvoir de nouveaux acteurs financiers en particulier les institutions de microfinance en élaborant un cadre juridique spécifique à leurs opérations d'épargne et de crédit. Ce texte qui est différent de celui applicable aux banques et établissements financiers offre un certain nombre d'avantages en termes de procédure de constitution. Cette orientation se justifiait par la particularité des institutions de microfinance en matière de fonctionnement et d'implantation (institutions financières de proximité dont la gouvernance et les mécanismes de contrôle associent les bénéficiaires et connaissent une relative efficacité par rapport aux résultats enregistrés par les banques classiques). Les résultats obtenus dix ans plus tard confirment la pertinence de ces choix tant en termes d'offres de services, de nombre de bénéficiaires que de taux de remboursement dont les indicateurs ressortent mieux orientés que ceux des établissements de crédit classiques. Consciente de l'importance du secteur, la BCEAO a créé en 2003, une direction au sein de son Département des Etudes Economiques et de la Monnaie, chargée de son suivi et de sa promotion, en l'occurrence, la Direction des Systèmes Financiers Décentralisés (DSFD).
Les performances enregistrées par la microfinance ont induit la nécessité de consolider les acquis pour permettre une poursuite de l'expansion. Le Programme Régional d'Appui à la Finance Décentralisée (PRAFIDE) - nous utilisons également les termes de finance décentralisée ou de proximité pour désigner la microfinance - a été élaboré à partir d'un bilan du fonctionnement du secteur de la microfinance effectué par des consultants et les agents de la BCEAO. Il comporte essentiellement quatre volets qui sont l'aménagement du cadre juridique, le renforcement de la surveillance interne et externe, la mise en œuvre d'actions de renforcement des capacités des intervenants et l'amélioration de l'information disponible sur le secteur. Dans ses grandes lignes, le PRAFIDE vise à favoriser l'adaptation des acteurs et des institutions aux changements intervenus entre 1993 et 2004 et à permettre, grâce à la modernisation envisagée, une forte contribution de la finance décentralisée à la réalisation des Objectifs de Développement du Millénaire (ODM). En effet, la modernisation devrait induire une amélioration de la viabilité financière résultant à la fois d'un accroissement sensible du volume des transactions consécutif à un accès élargi et d'une baisse du coût des transactions engendrée par l'automatisation du traitement des opérations qui est désormais possible par un recours accru à l'informatisation et aux nouvelles technologies de l'information et de la communication.
Le projet de centrale des risques et des impayés pour la microfinance est fortement lié à la modernisation des SIG des IMF. Il constitue un outil supplémentaire pour prévenir le risque de surendettement et donc d'accroissement des incidents de paiement au niveau de bénéficiaires de crédit. Ce projet qui est une composante du PRAFIDE, est devenu une nécessité tant pour les IMF que pour les Autorités de surveillance du fait du fort accroissement du nombre d'institutions, de clients et du volume de prêts qui a rendu effective la possibilité pour un emprunteur de bénéficier de plusieurs prêts auprès d'institutions dont les zones d'intervention se sont sensiblement rapprochées. La finalisation de cet outil qui existe déjà au niveau des banques et établissements financiers, permettra à la microfinance et en particulier aux IMF déclarantes d'obtenir de la Banque Centrale, sous certaines conditions, des données sur le niveau d'endettement réel par individu et par secteur préalablement à la mise en place d'un nouveau prêt. Dans ce dispositif, les IMF sont tenues de déclarer à la Banque Centrale, selon une périodicité et un format prédéterminés, une série d'informations lors de l'octroi de prêts à tout client membre de l'institution. Les informations recueillies sont ensuite centralisées par signature (individu) et restitués sous forme agrégée à l'ensemble des déclarants (IMF ayant mis en place des crédits). La réussite du projet est conditionnée par l'existence dans chaque institution de SIG performants capable de collecter et de restituer l'information attendue par la Banque Centrale. Eu égard à la sensible progression des incidents de paiement au cours de ces dernières années, les IMF ont exprimé de fortes attentes par rapport à la finalisation diligente de ce projet de centrale des risques de la microfinance qui sera à terme intégrée à celle des banques et établissements financiers. L'objectif ultime étant d'avoir une vue d'ensemble et la plus exhaustive possible du niveau réel d'endettement des emprunteurs ainsi que de la répartition des crédits mis en place (secteur, zone géographique, tranche d'âge, profession, etc.). La centrale des risques sera donc à la fois un instrument de prévention des risques et un outil de politique économique pour les décideurs.
Le séminaire sur les enjeux et perspectives du microcrédit en Afrique que la BCEAO organise le 8 avril à Cotonou, s'inscrit dans le cadre des initiatives visant à mieux faire connaître les objectifs de l'Année Internationale du Microcrédit. Il vise à examiner entre décideurs (Ministres des Finances et Gouverneurs de Banques Centrales), responsables des institutions de microfinance, partenaires au développement et investisseurs privés notamment les banques, les conditions qui permettront au continent africain, à travers son secteur de la microfinance, de réaliser effectivement les objectifs assignés par les Nations-Unies pour l'édification d'ici 2015 d'un secteur financier accessible au plus grand nombre. Parmi les facteurs qui seront décisifs en la matière, l'information financière se révèle la pierre angulaire du dispositif à mettre en place. C'est cette conviction que nous envisageons de partager avec nos collègues pour éradiquer la pauvreté et donner espoir en l'avenir à nos populations. |