Un Gabon à l’ère du numérique : entre opportunités et fractures persistantes

En 2025, le Gabon se trouve à un carrefour décisif. Alors que le pays s’engage résolument vers la transformation numérique de son économie, les résultats de l’enquête sur les compétences numériques et financières (DFL), menée dans le cadre du programme Digital Financial Services for Resilience de l’UNCDF, révèlent une réalité contrastée. Avec un score moyen de 26,2 sur 52 à l’indice DFL, le Gabon affiche des compétences financières et numériques globalement modérées, mais ces chires masquent des disparités profondes qui pourraient, si elles ne sont pas adressées, compromettre les ambitions d’inclusion financière et de croissance inclusive du pays. L’enquête, réalisée auprès de 1 601 Gabonais représentant l’ensemble des neuf provinces, met en lumière une population où 72 % des citoyens accèdent à Internet, où 83 % possèdent un téléphone (dont 68 % des smartphones), et où 54 % détiennent un compte financier formel. Pourtant, ces chires, en apparence encourageants, dissimulent une fracture territoriale criante : en zone urbaine, 78 % des habitants sont connectés et 60 % ont un compte bancaire, contre respectivement 38 % et 19 % en milieu rural. Cette inégalité d’accès aux outils numériques et financiers n’est pas seulement une question de connectivité ou d’infrastructures - insuffisance d’infrastructure de transport de données notamment ; elle reflète des déséquilibres structurels qui limitent les opportunités économiques pour près de 14 % de la population rurale, qui pourrait se sentir laissée pour compte dans la transition numérique du pays.

Le numérique au Gabon : une adoption inégale et des risques persistants

L’accès à Internet, bien que répandu, reste fortement dépendant des données mobiles (95 % des connexions), exposant les utilisateurs aux aléas de la couverture réseau et aux coûts parfois prohibitifs des forfaits. En zone rurale, où seulement 23 % des foyers bénéficient d’un accès à l’électricité, la connexion Internet est perçue comme peu fiable par 70 % des répondants, contre 20 % en milieu urbain. Cette disparité se répercute sur l’utilisation des appareils numériques : si 83 % des Gabonais possèdent un téléphone, seuls 32 % ont accès à un ordinateur ou une tablette, un chire qui chute à 10 % en zone rurale. Dans ce contexte, les jeunes de moins de 35 ans et les femmes apparaissent comme des groupes relativement mieux équipés, mais leur potentiel reste bridé par un environnement où les coupures d’électricité (59 % des répondants en sourent) et le coût élevé de l’Internet (cité par 60 % comme un frein majeur) entravent une utilisation optimale des outils numériques. Plus préoccupant encore, les comportements à risque persistent, même parmi les utilisateurs connectés. Bien que 74 % des Gabonais déclarent prendre des mesures pour sécuriser leurs informations en ligne, 16 % avoueraient répondre à un message suspect et 9 % cliqueraient sur un lien frauduleux, des pratiques qui les exposent aux cyberattaques et sapent la confiance dans les services financiers numériques (SFN).

Ces lacunes en matière de cybersécurité sont particulièrement aiguës en milieu rural, où seulement 52 % des répondants adoptent des mesures de protection, contre 74 % en ville. Elles révèlent un besoin urgent de sensibilisation et d’éducation aux bonnes pratiques numériques, sans lesquelles le développement des SFN risque de buter sur une méfiance généralisée.