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 - Evaluation


Résultats des évaluations - 1999
Table des Matières


République Centrafricaine

I. Données de base du projet

Type d’évaluation : Finale
Numéro du projet : CAF/91/C01
Titre du projet : Appui aux Actions d’Auto-Développement Villageois
Agent d’exécution gouvernemental : Ministère de la Promotion de la Femme et de la Solidarité Nationale
Organisme des Nations Unies coopérant: Direction du Développement Communautaire (DESD)
Secteur : Conditions Sociales et Développement Rural
Approbation du projet : Novembre 1992
Début du projet : 1993 (amendé en janvier 1996)
Évaluation du projet : Septembre/Octobre 1999

Budget du Projet
Contribution du FENU : $É.-U. 2 408 868
Contribution du PNUD : 1 437 362
Contribution du Gouvernement : 267 180
Contribution du bénéficiaires: 136 480
Budget total : 4 249 890
Dépenses effectives du FENU à la date de l’évaluation : 1 125 854

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II. Historique

La République Centrafricaine, pays enclavé de l’Afrique centrale, est un pays potentiellement riche, disposant d’un ensemble de ressources naturelles diversifiées (diamant, coton, café, bois, tabac) qui constituent les principaux produits d’exportation. Le manioc est la principale culture vivrière, et l’élevage, la pêche et la chasse sont des activités traditionnelles importantes. Pourtant, en raison de handicaps tels que l’enclavement du pays, les difficultés internes de communication, la faible densité de la population et sa trop grande dispersion géographique, les potentiels que recèlent le pays ne sont qu’insuffisamment exploités. A cela s’ajoute une mauvaise performance des principaux indicateurs sociaux. Ainsi, l’indice de développement humain plaçait le pays au 142ème rang en 1990 et au 144ème rang en 1991, sur un total de 160 pays.

Ce bilan social décevant a amené le gouvernement à s’orienter vers la mise en œuvre de stratégies privilégiant le développement humain. Dans le cadre de son plan de développement économique et social (1986-1990), le gouvernement avait défini les priorités de la planification nationale à l’horizon 2000, à savoir: (i) assurer l’autosuffisance alimentaire ; (ii) améliorer l’état sanitaire des populations, en particulier des femmes et des enfants, et diminuer fortement la mortalité infantile ; (iii) augmenter le niveau de participation et de responsabilité des populations aux actions de développement à la base, en milieu rural et urbain ; (iv) intensifier les investissements socio-économiques au niveau des villages et des quartiers.

C’est dans le cadre de ce plan de développement économique et social que s’insère le présent projet. Il intervient dans deux zones non contiguës et assez différentes l’une de l’autre sur le plan socio-économique : l’Ouham, située au Nord-ouest du pays, au climat soudano-sahélien et qui compte 230.000 habitants ; et la Basse-Kotto, située au Sud-est au climat de type équatorial et où vivent environ 220.000 personnes. Avant 1992, et dans les deux régions, l’insuffisance et l’inadéquation des infrastructures socio-sanitaires (un seul hôpital dans un état de délabrement avancé par région ; grande difficulté pour les populations pour trouver des médicaments ; villages ne possédant aucune structure de soins, etc.) constituaient un handicap majeur au développement économique et social. Enfin, dans les deux régions, les activités commerciales étaient très peu développées et essentiellement pratiquées dans les centres urbains, les villages n’ayant pour la plupart aucune structure propre pour l’approvisionnement en produits de consommation courante. Ce projet est une continuation d’un précédent projet financé par le FENU (CAF/82/C06 –Appui aux actions d’auto-développement villageois), dont l’évaluation finale de 1990 et la réunion tripartite qui s’en est suivie ont noté les résultats globalement encourageants au regard des objectifs qui lui étaient assignés, tout en recommandant que les acquis en soient consolidés.

III. Le projet

Objectif de développement

Le Projet vise à l’amélioration des conditions générales de vie des populations dans les villages, au travers d’actions de santé de base, d’augmentation des revenus, de promotion et d’intégration de la femme dans le processus de développement.

Objectifs immédiats

Tel que recentrés dans l’amendement au Document de projet, les objectifs immédiats visaient à :

  • Promouvoir l’auto-développement en soutenant la création et la gestion par les bénéficiaires eux-mêmes d’entreprises communautaires destinées à améliorer les conditions de vie dans les zones rurales et périurbaines, à alléger le travail des femmes et générer des revenus qui seront réinvestis dans de nouvelles activités à usage communautaires ;

  • Favoriser la création d’emplois et de revenus par la mise en place d’une structure d’épargne-crédit qui devra à long terme être bancarisée ; et

  • Promouvoir des actions spécifiques aux femmes, visant à alléger leur travail et surtout accroître leurs revenus, à travers la création de micro-entreprises soutenues et encadrées après le projet.

Résultats attendus

En plus de la consolidation des actions antérieures, la mise en œuvre du projet devait se traduire par les résultats suivants :

  • Fonctionnement d’une centaine d’entreprises communautaires, gérées de façon autonome par les bénéficiaires : 34 pharmacies villageoises avec postes de santé ; 11 pharmacies simples ; 40 boutiques ; 10 dépôts de matériaux de construction ; 4 moulins à mil et manioc ; 1 Centre régional d’approvisionnement en médicaments essentiels ;

  • Mise en place dans chacune des deux zones d’une structure formelle de crédit et d’épargne devant couvrir, dans un délai raisonnable, ses frais de fonctionnement et visant à appuyer la création et le développement des micro-entreprises individuelles et communautaires ; et

  • Promotion économique des femmes, surtout par la création de micro-entreprises individuelles ou de groupement (50% au moins des crédits octroyés devant concerner des entrepreneurs féminins).

IV. But de l’évaluation

En plus de procéder à l’évaluation en profondeur des résultats du projet, les évaluateurs devaient se prononcer sur les modalités de désengagement du FENU pour une reprise du projet par la Direction du Développement Communautaire, ainsi que sur les modalités d’utilisation de la contribution de 500.000 $ du FENU au Programme de Lutte contre la Pauvreté du PNUD.

V. Conclusions de la mission d’évaluation

Evaluation des résultats obtenus

Consolidation des actions du projet CAF/82/C02 : Les 34 entreprises mises en place avant 1992 et que le projet devait consolider ont toujours les mêmes problèmes de gestion. Pour ces entreprises, le taux de faillite est plus important que pour les entreprises créées après 1992 (15% contre 9%). Les problèmes d’organisation interne et de gestion qui se posent aux structures (Comité Villageois de Développement, Groupement Féminin, Union, Fédération) et infrastructures (Poste de santé, Pharmacie, Boutiques, Dépôt) mis en place dans le cadre du projet ont été identifiés, et des séances de formation et de sensibilisation ont été organisées. Malgré cela, des mesures doivent être prises pour garantir la pérennisation des acquis actuels.

Volet «Entreprises communautaires» : De 1992 à 1998, 79 entreprises sur les 100 prévues ont été crées, dont 43 postes de santé, 3 pharmacies, 24 boutiques, 5 dépôts de matériaux, 1 Centre Régional d’Approvisionnement en Médicaments Essentiels (CRAME), 1 grenier communautaire, et deux moulins. Sur ces 79 entreprises, la mission d’évaluation estime que 71 fonctionnent bien, une fonctionne moyennement bien, alors que 7 sont en état de faillite. Les postes de santé avec pharmacie constituent 63% des entreprises performantes, tandis que les boutiques villageoises représentent 72% des faillites. A noter que le CRAME de Bossangoa est l’une des réussites du projet. Mis en place en 1992 et doté d’un statut d’ONG, il est le fruit d’une collaboration réussie entre le projet, la GTZ (Deutsche Gesellschaft für Technische Zusammenarbeit) et la Région sanitaire. C’est une entreprise bien gérée et qui fait des bénéfices. Il est à regretter que le CRAME programmé dans la préfecture de la Basse-Kotto n’ait pas été mis en place. Comme évoqué précédemment, des mesures doivent être prises pour améliorer la gestion et l’organisation interne de la plupart des entreprises communautaires créées dans le cadre du projet.

Volet microfinance : De 1992 à 1996, la direction du projet a rempli la fonction d’agent de crédit, octroyant des crédits aux groupements encadrés par le projet. Au cours de cette période, 14 millions de FCFA de crédits ont été accordés dans les deux zones du projet, crédit qui a essentiellement servi au financement des réalisations communautaires. De 1992 à 1998, 72% du portefeuille global a été remboursé, le solde des crédits restant à recouvrer s’élevant à 28% du portefeuille. Suite à la revue technique de décembre 1994, la décision de confier la fonction d’opérateur de crédit à une entité indépendante a été prise, comme stipulé dans l’amendement au document de projet. En 1996 cependant, le Comité des contrats du PNUD a rejeté la seule candidature présentée par un opérateur indépendant. Par la suite, le FENU a décidé de suspendre la mise en œuvre du volet microfinance, toutes les conditions ne semblant pas réunies pour assurer une bonne mise en œuvre de cette composante.

Volet «Promotion de la femme» : Bien que ce volet ait été mis en œuvre tardivement, le projet a permis la création de 59 groupements de femmes, après que des activités de sensibilisation ont été conduites. Ces groupements sont actifs dans de nombreux domaines (agriculture, transformation alimentaire, tissage, teinture, couture, saponification, commerce, etc.) et soutiennent le développement d’entreprises individuelles ou collectives. Au total, 110 petites activités génératrices de revenus et 66 micro-entreprises ont été créées et sont gérées par les femmes. 15 groupements ont en outre bénéficié de crédit dans le cadre de tontines. Si, dans l’ensemble, une majorité de femmes encadrées par le projet ont pu accroître leur revenu - le revenu généré ayant parfois permis de contribuer au financement d’autres activités grâce au système de “tontines améliorées” - des études préalables sur les filières rentables auraient sans doute permis que les femmes s’engagent dans des activités plus lucratives. Enfin, il est à regretter que, suite à la décision du FENU de ne pas mettre en œuvre le volet micro-crédit, des activités individuelles nécessitant un capital de démarrage substantiel n’ont pu être soutenues.

Objectifs immédiats

Objectif 1 : Les entreprises créées dans le cadre du projet ont permis une amélioration sensible des conditions de vies dans les zones rurales ciblées en fournissant des services de proximité aux populations. Ainsi, grâce à la création de postes de santé et de pharmacies villageoises, les populations peuvent maintenant accéder à des soins de santé et des médicaments de base sans la contrainte d’un long déplacement vers les zones urbaines. Il en va de même pour les boutiques villageoises, lesquelles – quand elles sont bien gérées - offrent aux populations la possibilité de s’approvisionner sur place en produits de première nécessité. A noter que les postes de santé et les pharmacies profitent aussi aux habitants des villages environnants. Les problèmes de gestion des entreprises communautaires représentent toutefois une menace pour la pérennité de ces acquis. Enfin, le projet n’ayant pas ciblé l’allégement de la charge de travail des femmes, cet objectif pourtant pertinent en milieu rural n’a pas été atteint.

Objectif 2 : La décision du FENU de suspendre les activités de micro-crédit du projet, en l’absence d’un opérateur externe fiable, a pénalisé et freiné le développement des deux autres composantes du projet. Dans les deux zones du projet, la demande en micro-crédit demeure insatisfaite, ce qui met en évidence la nécessité de promouvoir des structures alternatives de financement capables d’assurer la petite intermédiation financière en mobilisant la petite épargne.

Objectif 3 : Les deux années de retard au démarrage de cette composante ont été préjudiciables à l’atteinte de l’objectif de “promotion d’activités spécifiques aux femmes”. La formation des femmes en groupements féminins constitue toutefois l’impact le plus marquant du volet. Avant de former leur groupement, les femmes exerçaient déjà quelques activités génératrices de revenus, mais de façon individuelle et souvent intermittente. Grâce aux groupements, un dynamisme nouveau a été insufflé et l’encadrement et les formations proposées ont permis de rendre les activités exercées par les femmes plus lucratives. La formation en groupement a ainsi réellement libéré l’initiative des femmes, les rendant plus entreprenantes et plus performantes, aussi bien dans le secteur économique que social. Ainsi, la mission a noté que les deux zones du projet comptaient maintenant plus de femmes entrepreneurs que d’hommes.

Objectif de développement

Le projet a contribué à l‘amélioration des conditions de vie dans les villages où il est intervenu, par la mise en place de postes de santé et de pharmacies de proximité. Les activités entreprises ont apporté des revenus supplémentaires aux bénéficiaires. La mise en place, après sensibilisation, des groupements féminins et des activités spécifiques aux femmes les ont aidées à entreprendre des activités individuelles ou communautaires et ont contribué à la promotion des femmes.

Evaluation de la conception du projet

Le Document de projet et l’Amendement au Document de projet comportent certaines faiblesses, ayant notamment trait :

  • à l’absence d’un objectif et de résultats clairement définis concernant les actions d’avant 1992,

  • au fait que la Direction des Etudes, de la Planification et Statistiques Sociales du Ministère des Affaires Sociales n’a pas eu de rôle à jouer dans les activités de suivi/évaluation du projet, alors que ce rôle correspond pleinement à son mandat,

  • au fait qu’une étude sur les créneaux porteurs et les filières n’a pas été considérée comme un préalable à la mise en œuvre du volet «promotion de la Femme», ce qui aurait permis de déterminer quels types d’activités étaient réellement rentables,

  • au fait que le type et le nombre des actions à entreprendre et des infrastructures à réaliser ont été établis à l’avance, ce qui est en contradiction avec l’approche participative promue par le projet.

VI. Recommandations de la mission d’évaluation

A l’intention de la direction du projet:

  • Préparer activement l’après-projet avec les population partenaires, leurs institutions et les services techniques, avec une attention particulière accordée au volet «promotion de la femme».

  • Visiter systématiquement chaque entreprise et élaborer une fiche sur l’état de fonctionnement de chacune d’elles avec la solution aux problèmes trouvés.

  • Les formations sanitaires n’ayant jamais été suivies par la région sanitaire le projet devra contribuer aux frais de carburant pour les visites des médecins préfectoraux. Avant la fin du projet, il est nécessaire que les formations sanitaires mises en place par le projet puissent être visitées au moins une fois par le médecin préfectoral.

  • Pour les 6 derniers mois de mise en œuvre, la Coordonnatrice Nationale du projet doit reprendre à son compte les tâches qui revenaient à la Coordonnatrice Adjointe chargée du volet «Promotion de la Femme» et impliquer la Direction de Générale de la Promotion de la Femme (DGPF) et les autres organisations des femmes telles que les ONG dans la préparation de l’après-projet.

A l’intention du gouvernement:

  • Le gouvernement doit respecter ses engagements en matière de paiement des salaires des Agents de Développement Communautaire et de fourniture de la dotation en carburant.

  • Le gouvernement doit également fournir les moyens humains et matériels aux directions sanitaires régionales et préfectorales afin qu’elles assurent le suivi des formations sanitaires mises en place par le projet dans la phase après-projet et s’assurer de l’implication de la DGPF dans le «volet Promotion de la Femme ».

A l’intention du FENU :

  • Le FENU doit s’assurer que, pour les six derniers mois de mise en œuvre du projet, la direction du projet organise la reprise de certaines fonctions du projet par les population ou les unions de CVD, et renouvelle le parc de mobylettes des Agents de Développement Communautaire.

  • Le FENU doit aussi autoriser la direction du projet à utiliser les montants des prêts recouvrés avant 1994 (actuellement placés sur un compte à l’UBAC), pour financer les activités du projet restant à mettre en œuvre.

VII. Enseignements à tirer du point de vue des politiques d’action

  • La participation des populations est mieux garantie si elles y ont été activement préparées par des formations et des campagnes de sensibilisation adaptées au contexte.

  • Les populations bien formées et sensibilisées sont aptes à la micro-planification et constituent de solides maillons pour la pratique d’un développement à la base.

  • Dans une société clanique traditionnelle, l’approche participative peut transformer positivement l’organisation sociale, le clan ou l’ethnie ne constituant plus nécessairement un critère incontournable pour la formation d’un groupement d’intérêt commun (comme les groupements féminins).

  • Pour que les entreprises communautaires créées dans le cadre de Comité Villageois de Développement (CVD) soit bien gérées, il importe que les fonctions de “propriétaire” et de “gestionnaire” soient dissociées et clairement attribuées. La création d’un comité de gestion extérieur, qui rend compte au CVD –lequel n’a plus qu’une fonction de représentation de la population- peut être un moyen efficace pour améliorer la gestion de ces entreprises.

  • La mise en place, au sein des Comités Villageois de Développement, de textes juridiques (statuts et règlements intérieurs) régissant leur fonction et instituant les droits d’adhésion et de cotisations renforce le rôle des membres et leur donne un droit de regard permanent sur la gestion des entreprises communautaires.

VIII. Composition de l’équipe d’évaluation

  • M. Mpoyi-Bajikila Lukusa, Chef de mission, consultant du FENU,

  • M. Moise Zami, Consultant national du PNUD,

  • M. Paul Ningadama, Directeur du Développement Communautaire, Représentant du gouvernement.


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