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 - Evaluation


Résultats des évaluations - 1999
Table des Matières


Cap-Vert

I. Données de base du projet

Type d’évaluation : Mi-parcours
Numéro du projet : CVI/91/CO3
Titre du projet : Approvisionnement en eau des communes de Santiago, Santo Antao et Fogo
Agent d’exécution gouvernemental : Institut national de gestion des ressources hydriques (INGRH )
Organisme des Nations Unies coopérant: Bureau des Nations Unies des services aux projets (UNOPS)
Secteur : Planification des ressources en eau et aménagement hydrauliques
Approbation du projet : Octobre 1995
Début du projet : Octobre 1998
Évaluation du projet : Avril 1999

Budget du Projet
Contribution du FENU : $É.-U. 2 940 200
Contribution du PNUD : 546 820
Contribution du Gouvernement : 424 000
Budget total : 3 911 020
Dépenses effectives du FENU à la date de l’évaluation : 1,652,140

pie chart

II. Aperçu

Situé à environ 500 km des côtes du Sénégal, l’archipel du Cap-Vert est formé d’une dizaine d’îles volcaniques densément peuplées (99 habitants/km2 en moyenne), dont la plus importante, l’île de Santiago, abrite la capitale du pays, Praia.

C’est sur l’île de Santiago que, en accord avec le Gouvernement, les activités du présent projet se sont concentrées. L’île héberge la moitié de la population totale du pays (laquelle était estimée à environ 341.000 habitants en 1990) et fait face à de grandes difficultés pour l’approvisionnement des populations rurales en eau potable. Les points d’eau y sont en effet rares et souvent éloignés des habitations, un tiers de la population vivant à plus d’un km d’un point d’approvisionnement et 25% à plus de 2 km. De nombreuses localités ne disposent d’aucun point d’eau et dépendent pour leur approvisionnement de camions citernes dont les pannes sont malheureusement fréquentes. La périodicité de l’approvisionnement en eau potable par des camions citernes varie ainsi, selon les communes, entre deux fois par semaine (48% des communes), trois fois par semaine (18% des communes), alors que l’approvisionnement est irrégulier pour 15% des communes et inexistant pour les 19% restantes. La municipalité de Santa Cruz est la plus durement touchée par le manque d’eau, la moitié de la population dépendant de camions citerne pour leur approvisionnement. Lorsque les camions citernes ne parviennent pas à livrer l’eau à temps, les populations n’ont d’autre recours que parcourir de grandes distances à pied pour prélever de l’eau de puits ou de rivière. La population de l’archipel souffre en outre d’un déficit d’information et de sensibilisation en matière de pratiques d’hygiène simples, et l’usage de latrines ou d’autres modes d’assainissement est encore peu développé. En 1995 et 1996 une épidémie de choléra a frappé le pays, et particulièrement l’île de Santiago.

Dans son 3ème Plan national de développement, le Gouvernement s’est fixé comme objectif de porter à 25 litres/jour/habitant la disponibilité moyenne en eau potable à l’horizon 2005, garantissant ainsi une couverture de 90% des besoins des populations rurales en eau potable. C’est dans ce cadre que s’inscrit le présent projet, qui vise à appuyer le Gouvernement dans ses efforts pour l’approvisionnement durable en eau potable des zones rurales.

III. Le projet

Objectifs de développement

Le projet poursuit les deux objectifs de développement suivants :

1. Contribuer de manière significative à l’amélioration durable des conditions de vie et de l’état sanitaire de la population par la fourniture d’eau potable en quantité suffisante et la promotion de l’hygiène et de la santé, avec notamment la réduction des maladies d’origine hydrique ;

2. Responsabiliser les communautés et consolider la capacité nationale de planification et de mise en œuvre de programmes d’approvisionnement en eau et de maintenance des ouvrages réalisés.

Objectifs immédiats

Le projet poursuit les quatre objectifs immédiats suivants :

  • Fourniture d’un volume d’eau potable (au minimum 25l/jour/personne) correspondant aux besoins quotidiens des habitants des communes rurales de Praia et des centres secondaires de Santo Antao et Fogo, essentiellement pour la consommation domestique ;

  • Amélioration des pratiques d’hygiène des utilisateurs de points d’eau ;

  • Renforcement des capacités locales en matière de construction et de réalisation d’ouvrages d’approvisionnement en eau, mais également de la capacité communautaire d’entretien et de maintenance des systèmes d’approvisionnement en eau ;

  • Renforcement de la capacité du Gouvernement en matière de planification, d’administration, de supervision et de suivi de programmes d’adduction d’eau.

Résultats attendus :

  • Dans le cadre du premier objectif immédiat, les produits physiques envisagés sont la construction et l’installation de 10 petits réservoirs ; 3 complexes sanitaires ; 42 km de conduites ; 11 pompes immergées ; 1 pompe solaire ; 5 groupes électrogènes ; 2.000 m de lignes électriques basse tension. Près de 10.000 personnes doivent bénéficier de ces infrastructures, réparties dans 6 communes et 23 localités (1) .

  • Dans le cadre du deuxième objectif immédiat : (a) Lancement de campagnes de santé et d’information sur l’hygiène ; (b) Etudes de base et d’évaluation des impacts des différentes campagnes.

  • Dans le cadre du troisième objectif immédiat : Formation du personnel gouvernemental dans les domaines de la planification et administration de projets ; de la conception et supervision de projets d’adduction d’eau potable (AEP) ; de l’entretien et de la maintenance d’ouvrages hydrauliques ; et du suivi des systèmes établis.

  • Dans le cadre du quatrième objectif immédiat : (a) Formation sur le tas à la construction d’ouvrages hydrauliques ; (b) Lancement, négociation et passation de marchés par voie d’appel d’offres.

IV. Conclusions de la mission d’évaluation

Évaluation des résultats

Au niveau des infrastructures : Le démarrage du projet fut assez lent et près de 24 mois furent nécessaires pour finaliser le processus de sélection du bureau d’étude (Burgeap), les études techniques, la préparation du dossier d’appel d’offres et la sélection de l’entrepreneur et de l’ingénieur conseil. En conséquence, l’exécution des contrats signés avec l’entreprise (Construções Silva Lda) et l’ingénieur (consortium Synergia/Etika) n’a démarré qu’au mois d’octobre 1998. Par la suite, la réalisation du contrat a accusé un retard important, en raison du manque d’organisation de l’entrepreneur, du mauvais état de son matériel et de l’inexpérience d’un personnel en nombre insuffisant, mais aussi en raison de facteurs ne relevant pas directement de la responsabilité de l’entrepreneur, comme la présence de terrains rocheux difficiles à excaver. Mais l’un des facteurs essentiels expliquant le retard dans le démarrage des travaux de construction sur l’ensemble des sites initialement prévus a été la grande difficulté rencontrée par les autorités pour négocier, avec les propriétaires privés de captages ou de réservoirs, un raccordement aux réseaux d’alimentation en eau potable suivant les tracés prévus. Ainsi, presque toutes les négociations avec les propriétaires privés ont été infructueuses, notamment à Pico Leão et Boca Larga où la question de l’accès à une source d’eau n’est toujours pas résolue et où le projet envisage de renoncer aux travaux.

Au moment de l’évaluation, 4 chantiers étaient commencés dans les municipalités de Santa Cruz et de Santa Catarina. Dans ces deux localités, le calendrier prévoyait que les travaux ne seraient pas achevés avant décembre 1999, soit un retard de 3 mois sur la date prévue dans le contrat. Toutefois, la qualité des infrastructures réalisées est jugée satisfaisante et les travaux semblent se conformer aux spécifications du contrat.

Au niveau du renforcement des capacités des communautés : Le groupe «socio-économique, animation, sensibilisation et éducation sur la santé» de la Cellule du projet a réalisé un important travail en conduisant des enquêtes socio-économiques sur les communautés bénéficiaires et sur le rôle des femmes et notamment des vendeuses d’eau. Ces enquêtes ont permis de définir des indicateurs pour l’évaluation de la réalité socio-économique des communautés et d’impliquer les populations dans le choix des infrastructures. Elles ont également permis d’informer les populations sur la nécessité de participer aux coûts de réalisation et d’entretien des infrastructures, ce qui a conduit à la création de «Comités d’eau». Les vendeuses d’eau et les membres de ces comités ont par la suite été formés à la gestion des bornes fontaines. Enfin, les programmes d’animation, de sensibilisation et d’éducation sur l’hygiène et la santé ont été réalisés en utilisant des moyens d’éducation de masse (entretiens et discussion avec les groupes cibles, suivis de démonstrations pratiques).

Au niveau du renforcement des capacités des élus : La formation technique des cadres municipaux, motoristes et comités à l’entretien des pompes et des réseaux - responsabilité du consortium Sinergia/Etika - est toujours en cours de conception. Le matériel pédagogique a été préparé et un programme de formation élaboré. Néanmoins ces documents restent académiques et peu détaillés.

Performance de la Cellule du projet : La performance de la Cellule du projet, composée d’un ingénieur de génie civil et hydraulique, un hydraulicien VNU, un agronome, un sociologue, une chargée de formation (détachée de l’ONG MORABI) et une assistante, est jugée très satisfaisante.

Objectifs immédiats

Impact sur les conditions de vie des populations : Les travaux d’infrastructure n’étant pas encore terminés, il est pour l’instant prématuré d’essayer d’estimer l’impact du projet sur les conditions de vie des populations concernées. Le projet n’intervenant que dans des localités très défavorisées sur le plan de l’alimentation en eau potable, il est toutefois possible de présumer que le projet permettra une amélioration sensible de l’accès des populations à un point d’eau de proximité ainsi qu’une réduction tout aussi sensible du temps consacré par les femmes et les enfants à la corvée d’eau. Cependant, s’agissant de certaines localités très étendues du point de vue géographique (notamment les communes de Saltos Abaixo, et Montanha), il n’est pas certain que le projet pourra effectivement toucher l’ensemble de la population.

Au niveau du renforcement des capacités des communautés : La bonne qualité des prestations du groupe «Socio-économie, animation, sensibilisation et éducation sur la santé» de la Cellule du Projet a facilité l’implication des populations dans le choix des infrastructures comme dans leur entretien, ce qui devrait garantir la durabilité de ces infrastructures et la pérennité des acquis du projet. Les programmes d’éducation, dynamiques et bien conçus, ont permis de susciter un réel intérêt auprès des populations, lesquelles expriment maintenant le désir d’améliorer leurs habitudes et pratiques en matière d’hygiène et de santé.

Evaluation de la conception du projet

Dans l’ensemble, la technologie utilisée pour la construction des infrastructures est simple et appropriée. Cependant, les stations de pompage ne comportent pas de pompes et de générateurs de secours, et il faut donc s’attendre à des ruptures d’approvisionnement en cas de pannes. Le document de projet proposait un éventail d’options techniques plus large (réfection de puits à exhaure manuelle, mise en place d’impluviums pour la collecte des eaux de pluies) qui ont été abandonnées par la suite, notamment en raison de la difficulté à disposer d’une surface trop importante de terres agricoles. La mission d’évaluation a également émis des réserves concernant le dimensionnement des réservoirs d’eau. Leur dimensionnement avait en effet été déterminé en fonction d’une estimation des besoins en eau potable fondée sur des projections de croissance démographique à l’horizon 2010. Ils ont donc été prévus pour stoker 25 l/j./habitant, plus une réserve supplémentaire correspondante à une demi-journée de consommation, alors que la Cellule du projet n’estime qu’à 15 l/j/habitant les besoins journaliers actuels au niveau des bornes fontaine à usage tarifé.

Le projet n’a pas prévu d’équiper les écoles et les centres de santé (complexes sanitaires, raccordement au réseau d’eau potable, etc.) avoisinant les infrastructures sanitaires et hydrauliques qu’il finance, ce qu’auraient souhaité les populations de la zone d’intervention. En outre, au lieu de s’appuyer sur des structures ad-hoc pour les activités d’animation et de mobilisation sociale, le projet aurait dû associer davantage les structures publiques et para-publiques existantes (notamment les municipalités) à la conception et la mise en œuvre de ces activités, ce qui aurait permis une meilleure compréhension des objectifs poursuivis et une meilleure pérennité des acquis dans ce domaine.

Enfin, les nombreux problèmes liés à l’utilisation par le projet de terrains privés ont été largement sous estimés au moment de la conception du projet.

V. Recommandations

  • Au cours d’une seconde phase ou d’une extension, le projet devrait prendre en charge le raccordement aux réseaux des écoles et centres de santé des localités bénéficiaires, mettre en place des latrines et des lavabos dans les écoles et développer un programme de sensibilisation sanitaire des enseignants. Dans ce domaine, une coopération avec l’UNICEF pourrait être envisagée. Certaines améliorations des infrastructures existantes sont également recommandées (construction d’une nouvelle borne fontaine à Montanha ; prolongement de certains réseaux secondaires permettant le raccordement ultérieur des habitations ; construction d’un réservoir château d’eau à Porto Madeira). Enfin il faudrait reporter à une seconde phase l’exécution des systèmes de Pico Leão et de Boca Larga.

  • Un artisan réparateur des bornes fontaines devra être nommé et rémunéré par chaque comité de gestion. Il devra suivre une formation de plombier. Alternativement un contrat de maintenance pourrait être signé avec un plombier habitant la région.

  • Les comités de gestion de l’eau devraient être transformés en associations d’usagers ayant un statut légal.

  • Le projet devrait constituer un stock de pièces de robinetterie usuelles et assurer leur remplacement gratuit pendant la 1ère année d’exploitation. Après quoi, les communautés achèteront les pièces elles-mêmes auprès d’un fournisseur national à identifier.

  • Le groupement Synergia/Etika doit préparer des modules détaillés pour la formation technique, laquelle devra être aussi pratique que possible et réalisée sur le terrain. L’unité «socio-économie, animation, sensibilisation» de la Cellule du projet ainsi que l’Institut national de gestion des ressources hydriques (INGRH) devraient y être associés.

  • La Cellule du Projet et l’ONG MORABI devraient continuer la formation des communautés en gestion participative de l’eau.

  • Un suivi de la qualité bactériologique et physico-chimique de l’eau devra être mis en place et nécessitera l’achat de trousses d’analyse portatives et de chlore à l’attention des communautés, des communes et de l’INGRH.

  • La Cellule du Projet devrait se transformer à la fin du projet en une Cellule de Suivi pour assurer l’intégration des infrastructures dans l’INGRH et en apprécier les impacts sur les conditions de vie des populations.

VI. Enseignement à tirer du point de vue des politiques d’action

  • À l’avenir, et chaque fois que la construction d’infrastructures nécessitera l’utilisation de terrains agricoles privés –et donc l’expropriation d’agriculteurs- dans une région où se pratique une agriculture de subsistance, il conviendra d’anticiper les problèmes fonciers, sociaux et de perte de production agricole qui dériveront nécessairement de l’expropriation des agriculteurs et de mieux les prendre en compte.

  • Les projets d’eau et d’assainissement devraient systématiquement prendre en compte les besoins en eau et en assainissement des écoles et des centres de soins situés dans leurs zones d’intervention.

VII. Composition de l’équipe d’évaluation

  • M. Djegal, ingénieur hydraulicien et en génie rural, chef de mission

  • M. Emmanuel Correira Pinto, ingénieur civil et hydraulicien


1 Les travaux d’infrastructures prévus concerneront les municipalités de Santa Cruz (construction de 4 réseaux desservant 13 localités), Santa Catarina (3 réseaux desservant 3 localités) ; de Tarrafal (un réseau desservant 5 localités) ; de Sao Miguel ; de Sao Domingos et de Praia (2 réseaux desservant deux localités).
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