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LE FONDS D'EQUIPEMENT DES NATIONS-UNIES    Microfinance

Numéro 15 / Août 2005

     

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Note de la rédactrice :

Asymétries des informations : Possédons-nous de bonnes données sur la microfinance ?

Mettons-nous au pied du mur. Le secteur de la microfinance est souvent coupable de revendications relativement infondées et assez extravagantes au sujet de la capacité de la microfinance à éradiquer la pauvreté mondiale. En effet, dans un monde où les secteurs financiers atteignent souvent moins de 10 % de la population, étendre les services financiers aux pauvres est une idée très excitante, et pas seule ment parce qu'elle semble évidente. Nous sommes tellement sûrs que la microfinance va faire diminuer la pauvreté que nous allons consacrer nos carrières et nos vies pour améliorer cet accès et nous mettons en jeu notre réputation. Mais il reste que, jusqu'à présent, il ne s'agit que d'une intuition. Nous ne pouvons vraiment prouver que la microfinance y est pour quelque chose. Les preuves anecdotiques et quelques études d'impact ne suffisent pas à le démontrer.

Par chance, cet oubli manifeste s'est également produit dans l'esprit des plus grands économistes et statisticiens d'aujourd'hui. À l'instigation de M. Stanley Fischer, Gouverneur de la Banque d'Israël, l'Année Internationale du Microcrédit (l'Année) et le Fonds d'Équipement des Nations unies (FENU) en collaboration avec la Banque Mondiale et le Fonds Monétaire International (FMI) ont convoquer les principaux spécialistes en octobre 2004 afin qu'ils envisagent de corriger la situation. Depuis, une urgence grandissante a fait son apparition en matière de collecte de données brutes pour alimenter ces revendications courantes.

En tant qu'invité de ce numéro de Microfinance Matters, M. Fischer explique que, sans données, nous ne pouvoir pas vraiment dire combien de personnes ont ou n'ont pas accès et nous ne pouvons pas analyser l'impact des services financiers sur les pauvres. En tant que Président du Groupe de Conseillers pour l'Année, M. Fischer a rédigé une lettre aux dirigeants du sommet du G8 de juillet 2005 incitant la Banque Mondiale et le FIM à collecter plus et de meilleures données, et a réussi à s'assurer de la confirmation de l'engagement du G8 en ce qui concerne les données dans le Rapport d'Avancement du Sommet.

Suite à l'Atelier sur les Données d'octobre, la Banque Mondiale, le Département du Développement International de Grande Bretagne (DFID) et FinMark Trust ont formé un groupe de travail qui sera le fer de lance des efforts de développement des indicateur principaux et fondamentaux, car le DFID continue à apporter son soutien pour que plus de sondages FinScope soient effectués en Afrique et en Asie. La Banque Centrale des États d'Afrique de l'Ouest (BCEAO) a été l'une des pionnières de cet effort. Elle a rassemblé des données sur la microfinance sur une dizaine d'années et offre un excellent exemple de la façon dont les données peuvent être utilisées pour mieux comprendre le secteur de la microfinance. L'Institut Mondial des Banques d'épargne a également rassemblé ses propres données et a obtenu des résultats surprenants : encore une raison qui fait que ce que nous disons est vrai.

Maria Flores Letelier, Conseillère en chef chez Cheskin, souligne qu'il ne suffit pas de collecter des données anciennes ; pour que celles-ci soient " significatives ", elles doivent saisir la complexité des personnes et des communautés qu'elles représentent et fournir des aperçus " recevables " Jonathan Morduch, Professeur à l'Université de New York nous donne l'avis d'un économiste sur les évaluations de l'impact de la microfinance, en prévenant que les caractéristiques non relevées des clients de la microfinance doivent être prises en compte et en suggérant d'utiliser des variables instrumentales alors que Marc Jacquand du FENU campe sur le fait que l'offre de services financiers aux pauvres est une fin utile en soi et que la mesure de la performance sociale soulève tellement de questions que nous ferions mieux de ne pas la mesurer du tout.

Dans la discussion de la rubrique " les échos de la microfinance " de ce numéro, les membres de la communauté de la microfinance ont considéré l'accès à des services financiers traditionnels comme un indicateur permettant de savoir si les besoins des plus démunis étaient satisfaits. Alors que de nombreuses personnes interrogées ont répondu non et que quelques unes ont répondu oui, toutes les réponses ont mis en valeur les défis de l'élaboration d'indicateurs de la microfinance.

Certainement, la preuve que l'accès à la microfinance peut entraîner une croissance économique est une tâche ardue. Mais comme M. Fischer le dit : " Même si cela n'est pas le cas, cela fait certainement une différence pour la vie de dizaines de millions de démunis…Et c'est une excellente raison de faire de la microfinance une priorité. "

Vanessa Ward
Rédactrice