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LE FONDS D'EQUIPEMENT DES NATIONS-UNIES    Microfinance

Numéro 15 / Août 2005

     

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M. Stanley Fischer, Gouverneur de la Banque d'Israël et Président du Groupe de Conseillers de l'Année Internationale du Microcrédit

Questions & réponses sur l'importance de la collecte de données sur la microfinance

  1. Vous avez déclaré : " Un des objectifs de l'Année Internationale du Microcrédit est d'améliorer les statistiques sur la nature et l'étendue de la pénétration de la microfinance. " Pourquoi la collecte des données est-elle tellement importante pour l'élaboration de secteurs financiers ouverts ?

    La collecte de données est importante car sans systématisation des données, nos connaissances de l'étendue de l'accessibilité de la finance pour les pauvres et notre capacité à analyser son impact sont limitées. De nombreuses personnes, moi y compris, pensons que la base de notre expérience et de celle des autres est que l'accès à la microfinance peut avoir un impact majeur sur le niveau de vie de ceux qui l'utilisent. Mais jusqu'à ce que nous ayons de meilleures données, nous ne serons pas capables de mesurer combien il est important de fournir un accès. De plus, avec plus de données, nous serons capables d'apprendre quels sont les aspects de la microfinance qui son les plus efficaces pour offrir des opportunités aux personnes et réduire la pauvreté, et donc d'affiner l'approche politique de la microfinance.

  2. En rassemblant des données sur l'accès des pauvres aux services financiers, il est beaucoup plus facile de calculer les pourcentages des populations qui sont financièrement " conquises ", ou qui ont accès à un ou plusieurs produits financiers fournis par une institution bancaire traditionnelle. Comment les personnes collectant les données déterminent-elles les pourcentages des populations qui utilisent exclusivement des services financiers traditionnels ?

    Cela serait effectué par le biais de sondages, des sondages auprès des ménages, si possible ou bien des sondages spécialement conçus pour les populations qui sont les plus susceptibles d'utiliser la microfinance.

  3. Une absence de données en termes de demande et de l'accès à des services financiers pourrait expliquer pourquoi le secteur financier traditionnel et les gouvernements nationaux ont été lents pour embarquer dans l'élaboration de secteurs financiers ouverts. Comment la collecte des données sur le secteur de la microfinance peut-elle être utilisée pour influencer les décisions de politique publique relatives aux pauvres ?

    Du point de vue politique, plus que de n'importe quel autre, il est important de persuader les décideurs politiques et publics que l'accès à la microfinance est un moyen efficace d'améliorer la vis des gens, généralement avec des coûts peu élevés. Le secteur privé peut vouloir s'impliquer dans la microfinance à la fois par le biais d'activités caritatives et de manière commerciale. Plus ils sont persuadés que la microfinance est commercialement viable, mieux c'est.

  4. Pourquoi pensez-vous qu'il y aura un impact de meilleures données sur l'engagement du secteur privé dans l'élargissement de son offre de services financiers aux pauvres ?

    En supposant que les données montrent que l'offre de microfinance est potentiellement rentable, de meilleures données sur la rentabilité encourageront l'engagement du secteur privé. Mais un plus grand engagement du secteur privé n'attend pas des données détaillées; la récente expérience d'augmentation de l'offre de services financiers de la part du secteur privé et destinés aux pauvres a déjà un impact positif sur le souhait des autres entreprises financières qui veulent entrer sur ce marché. Et cela est très important.

  5. Les bailleurs de fonds dépensent des millions de dollars chaque année au profit de la microfinance. Comment devrait être mesurée l'efficacité de cette aide ?

    La mesure de l'efficacité de l'aide est, au mieux, difficile. Cependant, il peut être possible de rassembler des indicateurs de l'impact de l'aide fournie pour des projets particuliers de microfinance. Ces indicateurs doivent avoir un lien avec l'objectif de l'aide. Par exemple, si l'objectif de l'aide est d'augmenter l'accès à la microfinance, alors l'impact de l'aide peut être étudié en comparant les changements dans l'accès à la microfinance dans des zones où une aide a été apporté avec les changements dans l'accès à la microfinance où aucune aide n'a été apportée. Il n'est pas besoin de préciser que de nombreuses difficultés se font jour dans les comparaisons de ce type (par ex., les fournisseurs de l'aide peuvent financer des projets dans des zones qu'ils estiment réussir le plue facilement). Mais grâce à la subtilité et au bon sens des évaluateurs de l'efficacité de l'aide, il peut être possible de juger quels sont les types d'assistance qui ont été les plus utiles.

    Il est peu probable que l'efficacité d'une telle aide puisse être évaluée par l'usage d'indicateurs macroéconomiques car de nombreuses autres variables affectent les résultats macroéconomiques et l'aide à la microfinance s'est effectuée jusqu'ici sur une échelle relativement limitée.

  6. Il existe un débat grandissant au sein de la communauté de la microfinance au sujet de la façon de mesurer l'impact de la microfinance. Le lien de cause à effet entre l'accès à des services financiers et l'amélioration des soins de santé, de l'enseignement et de la responsabilisation des femmes, par exemple, est souvent observé mais difficile à prouver. Pensez-vous qu'il soit approprié de mesurer l'impact social de la microfinance ?

    Il est totalement approprié et souhaitable de mesurer l'impact social de la microfinance. Il est mieux d'être en mesure de montrer objectivement que la microfinance a un impact social positif que de le répéter de façon vague. La meilleure façon d'étudier l'impact social de la microfinance est probablement de passer par des études microéconomiques du type de celles du Professeur Robert Townsend de l'Université de Chicago, en utilisant des données qu'il a rassemblées sur une longue période dans la campagne thaïlandaise.

  7. Vous avez récemment rédigé une lettre au Sommet du G8 de Gleneagles de la part de l'Année Internationale du Microcrédit (cf. l'article Le Groupe de Conseillers de l'Année internationale du Microcrédit invite le G8 à soutenir l'élaboration d'indicateurs de l'accès à la finance) en demandant qu'un appel soit lancé à la Banque Mondiale et au Fonds Monétaire Internationale " d'élargir la portée de leurs données financières afin d'élaborer et d'inclure les indicateurs de l'accès et de l'utilisation de la microfinance " ainsi que " d'informer sur le secteur de la microfinance et de l'accès des pauvres et des personnes à bas revenus aux services financiers " dans leurs programmes d'évaluation. Pourquoi?

    Il est clair que le Fonds et la Banque peuvent chacun jouer un rôle important dans la collecte des données et pour aider les pays à rassembler leurs propres données sur la microfinance. Les members du personnel de la Banque et du Fonds ont joué un rôle très actif dans la promotion du travail sur le données au cours de l'Année Internationale du Microcrédit. Néanmoins, les membres du Groupe de Conseillers a pensé qu'il serait utile d'encourager les Conseils et les Directions des deux institutions a soutenir fortement l'effort de collecte des données.

  8. Vous occupiez le poste de Vice Président de Citigroup lorsque vous avez accepté de devenir le Président du Groupe de Conseillers de l'Année Internationale du Microcrédit et vous avez continué à jouer ce rôle en dépit du fait que vous étiez également Gouverneur de la Banque d'Israël. En quoi la microfinance est-elle une priorité pour vous ?

    Je vous remercie pour votre question. Soit dit en passant, je ne pense pas que ce soit " en dépit " du fait que j'étais Gouverneur de la Banque d'Israël : La décision du cabinet de me nommer a été prise en connaissant et en approuvant mon rôle de Président du Groupe des Conseillers. La microfinance est une priorité pour moi car je pense que l'accès à la microfinance peut faire une énorme différence pour les vies de ceux qui l'ont. Je ne sais pas, en termes de quantité, dans quelle mesure cette différence est importante, mais j'en ai vu et lu assez pour être convaincu qu'il s'agit de quelque chose dont la promotion doit être encouragée avec enthousiasme. Parce que, par définition, nous parlons de l'accès des pauvres, qui ont un niveau de revenus très bas, il peut s'avérer difficile de montrer que l'accès à la microfinance fait une différence significative en terme de taux de croissance de l'économie en général. Mais même ci cela n'est pas le cas, cela fait probablement une différence pour les vies de dizaines de millions de pauvres et peut être, aujourd'hui ou plus tard, pour la vies de centaines de millions de gens. Et cela est une excellente raison de faire de la microfinance une priorité.