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LE FONDS D'EQUIPEMENT DES NATIONS-UNIES    Microfinance

Numéro 13 / Juin 2005

     

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Des villages exempts de prêteurs sur gage :

Une vision de l'avenir selon la Banque Marathwada Gramin

Par Harishchandra Sukhdeve, Directrice, Banque Marathwada Gramin


Un spécialiste de la collecte d'eau de pluie s'adresse aux membres du groupe d'entraide au cours d'un atelier sur le projet de Villages Exempts de Prêteurs sur gage

Pourrons-nous un jour sortir les villages indiens des griffes des prêteurs sur gage ? La réponse est un " oui " catégorique ! En réalité, cela est déjà en train de se produire au titre du projet pilote de Villages Exempts de Prêteurs sur gage (MLVF) de la Banque Marathwada Gramin (MGB) dans le district du Nanded de l'état du Maharashtra. Lancé en avril 2004, neuf villages ont été sélectionnés sur la base de la pénétration d'un groupe d'entraide (SHG). Le principal objectif du projet est de remplacer le mécanisme de crédit rural exploiteur, usuraire et non institutionnel de prêt privé par des prêts via des groupes d'entraide et des prêts directs de la MGB.

La réalité

Le concept de contrôle social des banques a été introduit dans le secteur bancaire indien dans le but d'élargir le crédit à tous, surtout aux pauvres, à des coûts abordables et de réduire le problème des prêts privés. En 1977, les banques rurales régionales ont été crées dans le seul but de renforcer le système d'offre de crédit rural afin de réduire substantiellement, si ce n'est d'éradiquer, lé dépendance des agriculteurs et des villageois à l'égard de l'emprunt privé.

Mais après 28 ans, lorsque nous regardons en arrière, nous constatons que la situation n'a pas beaucoup changé. Les villageois continuent de plier sous les dettes à l'égard de financiers institutionnels et non institutionnels. Les agriculteurs sont de moins en moins admissibles à des crédits institutionnels du fait d'une pléthore de règles. Par conséquent, ils se dirigent vers des prêteurs sur gage privés qui les exploitent à fond.

Le concept

Le concept de MLVF est simple. Au titre de cette initiative, les groupes d'entraide agissent dans la continuité de la MGB pour atteindre les villageois même dans les endroits les plus reculés. L'une des principales raisons pour laquelle les banques n'ont pas pu atteindre plus de villageois sont les restrictions physiques et le coût des opérations pour maintenir de petits comptes. Les groupes d'entraide proposent un modèle plus puissant, moins cher et pourtant démocratique et transparent pour le financement rural, en servant d'intermédiaires entre les banques et les agriculteurs afin d'élargir le crédit rural et de remplacer les prêteurs sur gage privés.

La méthodologie

La MGB a adopté une stratégie simple de renforcement des groupes d'entraide. Tout d'abord elle a éduqué les groupes d'entraide à devenir forts grâce à leurs propres contributions. Cela continue en leur offrant une petite ligne de crédit pour les prêts internes et en engageant des bénévoles, surtout des femmes, pour promouvoir les groupes d'entraide. Plus tard, la MGB augmentera les lignes de crédit mises à disposition de plus de groupes d'entraide et les encouragera à prêter aux villageois en cas de besoin urgent, dans des cas om les formalités bancaires les forceraient à recourir aux services de prêteurs sur gage. La MGB prépare un plan de crédit pour les prêts institutionnels aux villageois, là où les banques sont disponibles ; elle surveille en permanence le fonctionnement des groupes d'entraide par des réunions, des camps d'orientation et des ateliers de partage des expériences et s'occupe de formation professionnelle et de relations avec les ONG. Tout au long de ce processus, les progrès sont périodiquement passés en revue. Le premier passage en revue a eu lieu le 17 septembre 2004 lors d'un atelier commun rassemblant tous les dirigeants des groupes d'entraide, les bénévoles du club local d'agriculteurs, les ONG et des spécialistes en ingénierie sociale. De plus, le président tient des réunions dans les villages respectifs pour obtenir un retour de la base des villageois.

L'histoire d'une réussite

Grâce aux groupes d'entraide et à un bénévole du village motivé, Smt. Vijava Dhurandhare, Sathewadi, un des villages participant au projet pilote, s'est déclaré libéré des prêteurs sur gage le 18 octobre 2004. Le village entier participe aux groupes d'entraide, au moins une personne de chaque famille en est membre. Il y a aujourd'hui 28 groupes d'entraide dans ce petit village de 1 500 personnes. Elles ont mobilisé plus de 480 000 Rs. (11 000 US$) en épargne. La MGB a accordé plus d'un million de Rs (23 000 US$) aux groupes d'entraide. Les femmes et les jeunes du village empruntent aux groupes d'entraide pour continue leur formation, leurs entreprises et leurs activités agricoles et ne plus dépendre des prêteurs sur gage privés en ce qui concerne leurs besoins financiers. C'est maintenant un village exempt de prêteur sur gage.

Le potentiel

Le projet MLFV peut être élargi pour que les villages soient autonomes en matière d'emploi, d'économie et d'infrastructures en :

  • Établissant des liens dans les deux sens pour la production et la commercialisation de produits qui ne nécessitent pas d'investissement élevé ni de haute technologie: de nombreux produits ont un large marché rural et peuvent être fabriqués dans les villages avec une petite formation, comme par exemple les vêtements, des produits de papeterie et des produits ménagers d'usage quotidien. Différent groupes d'entraide du même village ou d'un ensemble de villages peuvent entreprendre une activité de groupe spécifique afin de ne pas avoir besoin de dépendre d'agences externes pour l'approvisionnement en matières premières ou pour la commercialisation des produits finis.
  • En offrant une formation professionnelle au profit d'un emploi à l'intérieur des villages. Par exemple, les jeunes et les travailleurs hommes du village de Sathewadi n'ont pas eu a récolter la canne à sucre cette année car des emplois étaient disponibles grâce à l'augmentation de l'activité économique dans leur propre village.
  • En encourageant les fermes collectives en faisant en sorte que les groupes d'entraide procèdent à des économies d'échelle et assure une meilleure utilisation des ressources naturelles, surtout l'eau et les terres; la gestion de l'eau et la sylviculture sociale en tant que projet de village collectif.
  • En impliquant plus d'associés des groupes d'ingénierie sociale pour former des les travailleurs de la santé des village au système sanitaire, à l'hygiène et aux premiers soins.

L'étendue

Le projet MLFV possède un potentiel immense de reproduction car le mouvement des groupes d'entraide a pris de l'ampleur en Inde. La Banque Nationale Indienne pour l'Agriculture et le Développement Rural (NABARD) accorde un soutien excellent à plusieurs agences et 3 024 associés sont impliqués dans cette révolution silencieuse mais puissante.

Aujourd'hui, environ 60 000 succursales rurales, semi-urbaines et urbaines de banques commerciales font partie du programme dont seulement 35 500 succursales participent au programme de lien entre les groupes d'entraide et les banques. Si ces 60 000 succursales participaient, les résultats seraient extraordinaires. Il existe environ 600 000 villages en Inde. Si chaque succursale adoptait un village par an pendant 4 ans, l'ensemble des 600 000 villages pourraient être atteint. Tous les ménages ruraux indiens pourraient donc passer sous la protection du secteur bancaire et échapper à la menace des emprunts privés.