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LE FONDS D'EQUIPEMENT DES NATIONS-UNIES    Microfinance

Numéro 14 / Juillet 2005

     

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Les résultats de l'étude sur le genre au Maroc de la Women's World Banking :

Temps, autonomie et mobilités limités parmi les facteurs qui influent négativement sur les activités des femmes

Par Elizabeth Lynch, Associée à la communication et à l'apprentissage, Women's World Banking

En tant que réseau mondial de microfinance engagé dans la responsabilisation économique des femmes à faibles revenus, Women's World Banking (WWB) a entamé une étude pour comprendre comment le genre détermine les rôles et les responsabilités économiques dans les ménages pauvres. Cette étude fait partie de l'effort de la WWB pour aider les fournisseurs de microfinance à augmenter leur impact sur l'égalité des genres pour les femmes entrepreneurs à faibles revenus grâce à une sensibilisation aux services financiers basée sur le genre.

L'association Al Amana, un associé de la WWB, est leader du secteur de la microfinance au Maroc ; il s'agit de la plus grande institution de microfinance en termes de taille de portefeuille et elle arrive deuxième en nombre d'emprunteurs actifs. Fouad Abdelmoumni, Directeur de Al Amana, est un conseiller pour l'Année Internationale du Microcrédit et un membre du Conseil d'Administration de la WWB. En octobre 2002, M. Abdelmoumni a approché la WWB afin de mener une étude au sujet de la segmentation de la clientèle de Al Amana afin d'évaluer la demande de prêts individuels. Les technologies de prêts à des groupes n'ont pas besoin d'une évaluation détaillée ni d'une conservation des données économiques des clients. Afin d'évaluer efficacement la demande des clients actuels, Al Amana avait besoin de se pencher plus en détail sur les portefeuilles économiques de ses clients.

L'analyse de la WWB a relevé un asymétrie de genre assez importante en terme de taille d'entreprise ; les femmes tendent à posséder de plus petites entreprises en termes de bénéfice mensuel net et de valeur des actifs que leurs homologues masculins. L'analyse de la base de données complète des emprunteurs de Al Amana qui fit suite révèle que ce schéma se répète à travers l'ensemble de la clientèle. Une étude de suivi qualitatif a été menée en octobre 2003 afin de comprendre comment les relations entre les genres affectaient la répartition des ressources dans les ménages et la capacité des femmes pauvres à mener leurs propres affaires.

Cette étude identifie les aspects des rôles et responsabilités liés au genre qui ont le plus fort impact sur les résultats des entreprises. Les thèmes récurrents du temps, de l'autonomie et de la mobilité limités ont été relevés comme étant les facteurs clés influençant négativement les résultats des micro-entreprises des femmes. La façon dont hommes et les femmes se voient et voient les autres dans une société divisée par genre a une influence directe sur les types de pouvoirs, les motivations et les libertés de chaque genre en matière de croissance économique. Cette étude a été qualitative et reflète les opinions exprimées par les personnes interrogées au cours d'entrevues approfondies et de discussions de groupe dans la région de Rabat.

Les résultats de l'étude

Les rôles et les responsabilités liés au genre dans le ménage
Les rôles et les responsabilités liés au genre sont définis et réalisés à travers le mariage dans la société marocaine. L'obligation de l'homme, tel que définie par le Coran, est de subvenir aux besoins économiques du ménage. En échange de cela, sa femme doit lui obéir (le principe du ta'a) et on s'attend à ce qu'elle soit une femme d'intérieur, une mère, une épouse et une gestionnaire des finances. Traditionnellement, les hommes ont été responsables de tout en dehors du foyer et les femmes de tout à l'intérieur de celui-ci.

Le changement des rôles liés au genre dans la sphère économique
Les rôles des femmes en tant que fournisseurs financiers du ménage a évolué au fil des années au Maroc. Les hommes sont devenus moins capables d'agir en tant qu'uniques fournisseurs à cause du chômage structurel et de la faible croissance des salaires réels, ce qui pousse les femmes à se lancer dans des activités commerciales. Les hommes et les femmes interrogés ont exprimé leur ambivalence à l'égard de cette modification des rôles.

Les réactions des femmes à l'égard des femmes qui travaillent
beaucoup de femmes interrogées se décrivent comme étant " obligées " de se lancer dans des activités commerciales par besoin économique. Leur ambivalence à l'égard du travail est due à différents facteurs comprenant : la peur de l'ashouma ou la honte, qui limite le type d'activités économiques qu'une femme peut exercer ainsi que sa mobilité ; la résistance à doubler sa charge de travail (l'ajour d'activités économiques à son foyer et sa fonction reproductive) et les niveaux d'éducation faible qui, de l'avis des personnes interrogées, qui confinent les femmes à des tâches subalternes telles que le ménage des maisons des riches marocains, la couture ou le petit commerce. Beaucoup de femmes interrogées ont déclaré qu'elles préfèreraient ne pas travailler si elles avaient le choix, malgré les bienfaits de revenus additionnels.

Les réactions des hommes à l'égard des femmes qui travaillent
Les hommes interrogés ont exprimé une plus grande ambivalence que les femmes au sujet des femmes actives, illustrant la rupture entre les exigences de l'économie moderne et les valeurs traditionnelles. Leur raisonnement a fait allusion à : la peur que cela mette en avant que le mari ne peut pas subvenir aux besoins ; l'inquiétude qu'une épouse active n'assumera pas les responsabilités du ménage ; la croyance que les femmes actives sont interdites par la religion et la peur que les femmes deviennent plus autonomes.

La définition de la réussite
Lorsqu'on leur a demandé de définir ce qu'était la réussite, les hommes et le femmes interrogés ont cité la réussite de leurs enfants comme le point le plus important. Les hommes avaient plus tendance que les femmes à mentionner que subvenir aux besoins de leur famille était un signe de réussite. Posséder une activité à succès ne faisait pas partie de la perception des femmes d'elles-mêmes alors que cela l'était plus pour les hommes.

La capacité à consacrer du temps à une activité
Le temps a été identifié par un grand nombre de femmes interrogées comme étant la plus forte contrainte les empêchant de mener leur affaire. Le temps des femmes était limité en grande partie à cause de leurs responsabilités domestiques et reproductives. Alors que les femmes se sont tournées vers une sphère générant des revenus ou productive, les hommes n'ont pas rendu la pareille en ce qui concerne les responsabilités du ménage. Beaucoup de femmes interrogées ont déclaré être capable d'exercer une activité rémunérée pour quelques heures l'après-midi et plusieurs heurs avant d'aller se coucher ou après que le repas familial ait été préparé et la maison nettoyée.

L'âge / la situation familiale
Les femmes divorcées et les veuves ont pensé que du fait qu'elles ne devaient plus s'occuper de leurs maris, il y avait moins d'obstacles à ce qu'elles montent leurs affaires. Parmi les femmes mariées, celles ayant des enfants en bas âge avaient le moins de temps disponible alors que celle ayant des enfants d'âge adulte en avaient le plus, surtout si des filles ou des belles filles vivaient avec elles.

Le degré d'autonomie
La capacité à prendre des décisions économiques indépendantes est un facteur important de la réussite de toute entreprise. Les femmes ont exprimé les restrictions de leur degré d'autonomie entrepreneuriale. Par exemple, bien que légalement une épouse ne doive plus demander la permission à son mari pour exercer une activité rémunérée, c'est toujours une pratique courante.

L'emplacement de l'entreprise
La grande majorité des femmes du panel possédaient une entreprise chez elles alors que cela n'était le cas d'aucun homme. Les femmes ont plus tendance à baser leurs entreprises au sein du foyer à cause des contraintes religieuses et sociales sur leurs mouvements dans la sphère publique ainsi que les demandes constantes dues à leurs devoirs domestiques. Cette limitation géographique restreint la base de clients aux voisins et amis, augmente la probabilité des vente à crédit plutôt qu'au comptant (et le risque de défaut de paiement) à cause des relations préexistantes avec la plupart des clients et limite le volume de production à cause du manque d'espace.

La mobilité
Les normes culturelles traditionnelles dictées par la tradition musulmane de retrait du monde imposent que les femmes ne doivent pas s'éloigner de la maison plus d'une nuit et beaucoup ne sont pas autorisées à rester loin du foyer ne serait-ce qu'une nuit. Cela est particulièrement difficile pour les clients de Al Amana à Rabat qui voyagent la nuit vers le Nord pour acheter des produits de contrebande destinés à la revente.

Le choix de l'activité de l'entreprise
Les femmes de la population étudiée se regroupent au sein de seulement deux ou trois secteurs d'activité, principalement du fait que ces activités sont basé à la maison (ainsi les femmes peuvent assumer les responsabilités du ménage), nécessitent peu d'éducation (par exemple, de nombreuses filles sont retirées de l'école pour faire des travaux de broderie) et demandent peu de capital d'investissement. Les femmes qui se sont tournées vers des activités traditionnellement masculines, par ex. l'activité lucrative de la vente de poissons, ont été soumises à un fort harcèlement de la part de leurs homologues masculins. Comme les femmes interrogées avaient tendance à se regrouper dans quelques secteurs d'activités, la concurrence était élevée.

Les réseaux sociaux
Avec des espaces masculins et féminins tellement cloisonnés, chaque genre a utilisé son espace propre pour échanger des idées et créer des liens économiques. C'est un domaine où les femmes ne sont pas désavantagées. Pour les hommes, le principal lieu est le café mais également la mosquée et le hammam (bains publics). Pour les femmes, il s'agit également du hammam et des diverses cérémonies marquant le cours de la vie dont elles ont la responsabilité comme les mariages et les cérémonies de naissance. Les femmes comptent beaucoup sur la bouche-à-oreille pour bâtir leur réputation commerciale.

Les schémas de dépense en fonction du genre
En général, la pression qui s'exerce sur les femmes pour qu'elles détournent de l'argent de leur activité est élevée. Les personnes interrogées ont évoqué les raisons suivantes de cette pression : Elles se sont tournées vers des activités rémunérées du fait de besoins économiques extrêmes; elles étaient constamment sous la pression de leurs enfants, quel que soit leur âge, demandant qu'elles leurs donnent de l'argent ; leurs filles sont devenues de plus en plus financièrement responsables de leurs parents âgés ; et enfin, les femmes doivent dépenser de l'argent pour conserver leur place dans un système de soutien élaboré avec soin se basant sur une réciprocité à l'égard des voisins et de la famille au sens large.

Les schémas d'épargne en fonction du genre
En général, les femmes assument la responsabilité de l'épargne pour les dépenses de la famille et ont tendance à conserver des sommes d'agent liquide importantes en cas d'urgence. Le fort taux d'épargne a empêché de nombreuses femmes interrogées de réinvestir le capital dans leurs entreprises et cela parle en faveur du besoin d'autres services financiers tels que des assurances vie ainsi que d'une formation à la finance.

La collaboration au sein du ménage
Les femmes mariées ont déclaré qu'un des éléments clés de la réussite d'une entreprise était la collaboration avec leurs maris. Un haut degré de collaboration implique un alignement des objectifs et un accord au sujet des dépenses, de l'épargne et des décisions d'investissement, ainsi que le fait de savoir si, dans quelle mesure et dans quelle secteur la femme devrait travailler.

Le niveau d'éducation
Sur les personnes interrogées, presque toutes les femmes étaient illettrées alors qu'aucun homme ne l'était. Le Maroc possède l'écart le plus important en matière d'éducation en fonction du genre dans la région du Moyen Orient et de l'Afrique du Nord. Alors que beaucoup de personnes illettrées possèdent des entreprises qui réussissent, l'analphabétisme implique des restrictions, surtout quand l'entreprise devient plus traditionnelle.

Capital de départ
Accumuler un capital suffisant pour développer une activité au delà de la génération de faibles revenus est difficile pour de nombreuses femmes car elles possèdent un accès limité au crédit et sont désavantagées à cause des pratiques de déshéritement et l'absence de droits de propriété.

Le Maroc souffre d'un fort taux de chômage et d'une croissance macroéconomique stagnante. Comme les ressources se raréfient et que de plus en plus d'hommes perdent leurs emplois dans le secteur traditionnel, un plus grand nombre de femmes ouvrent des micro-entreprises pour apporter un complément de revenus à leur foyer. Comme les résultats de la WWB le montrent, leurs entreprises sont souvent à croissance faible à cause de l'ensemble complexe de identités, rôles et responsabilités liés au genre qui ont tendance à empêcher leurs entreprises d'être performantes. L'analyse en fonction du genre de la base de clients de Al Amana a aidé l'institution à comprendre les différents besoins de ses clients hommes et femmes ; cette compréhension permettra de concevoir des produits adaptés au genre à l'avenir.

Le rapport complet de cette étude sera disponible sur le site Web de la WWB, www.swwb.org, en août 2005.