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LE FONDS D'EQUIPEMENT DES NATIONS-UNIES    Microfinance

Numéro 16 / septembre 2005

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Invité : M. Salil Shatty, Directeur de la Campagne du Millénaire

Questions et réponses sur la microfinance et les ODM

  1. En tant que Directeur de la Campagne du Millénaire, vous mobilisez les citoyens du monde entier afin qu'ils incitent leurs gouvernements à atteindre les Objectifs de Développement du Millénaire (ODM) et éradiquent l'extrême pauvreté d'ici 2015. D'après vous, quel est le problème le plus urgent que les gens devraient soulever auprès de leurs dirigeants ?

    Les ODM ont été signés au niveau mondial, ils ont été convenus lors du Sommet du Millénaire en septembre 2000 et réaffirmés lors de la Conférence Internationale du Financement pour le Développement en Mars 2002. Mais l'élément clé est qu'une fois que les Objectifs ont été signés au niveau mondial, les dirigeants repartent dans leurs pays et transposent les accords mondiaux dans des plans, des engagements, des stratégies et des budgets nationaux. La première question que les gens devraient poser est donc : Est-ce que cela a été le cas ? S'il s'agit d'un pays riche, alors les gens devraient être sûrs que les engagements, l'aide, la dette et le commerce sont transposés dans des plans, des budgets, des attributions de ressources etc. au plan national. Pour les pays en voie de développement, vous devez retourner voir si cela a été transposé dans des plans nationaux de développement, des stratégies de développement nationales et des budgets qui sont en ligne avec la poursuite d'objectifs définis sur le plan national. Les objectifs mondiaux sont conçus pour être adaptés au niveau national. Et cela est vraiment la demande principale que les gens devraient adresser à leurs gouvernements, afin d'être sûrs que ces engagements se traduisent par des actions.
  2. Du 14 au 16 septembre, des chefs d'état se réuniront au siège des Nations Unies à New York pour passer en revue les progrès réalisés jusqu'ici. Alors que des résultats ont été obtenus, l'Afrique sub-saharienne, par exemple, a beaucoup de retard. Avec tout un continent qui obtient des résultats médiocres, pensez-vous toujours que les Objectifs sont réalistes ?

    Je pense qu'il y a des pays d'Afrique sub-saharienne qui sont en passe d'atteindre des ODM particuliers d'ici 2015; cependant, peu de pays sont en mesure d'atteindre tous les ODM d'ici 2015 s'ils conservent la même trajectoire. Mais nous devons nous rappeler que cela se fait sur la base d'une activité commerciale normale. Notre point de vue est que nous nous sommes engages, que nous savons que les choses ne vont pas aussi vite que nous le voudrions et que le [Sommet Mondial de 2005] de la semaine dernière est dont une bonne occasion pour les dirigeants. Tout comme le sera la Conférence Ministériel de l'Organisation Mondiale du Commerce à Hong Kong en décembre. Et entre temps, il y aura les réunions annuelles de la Banque Mondiale et du Fonds Monétaire International (FMI); nous ne considérons pas le Sommet de façon isolée par rapport à l'ensemble des événements qui se déroulent en 2005.

    Il n'y a vraiment aucune raison que les Objectifs ne soient pas atteints au cours des dix prochaines années. Prenez par exemple l'Égypte. En huit ans, elle a réussi à réduire sont taux de mortalité maternelle de moitié. Et le taux de mortalité maternelle est l'un des indicateurs les plus lents à changer, c'est un objectif qui est normalement très difficile à atteindre. Nous pensons donc qu'il est possible d'atteindre les ODM mais pas si nous les abordons avec nonchalance. Si nous accélérons, augmentons la pression et y pensons sérieusement, cela est encore réalisable. Mais absolument pas de la façon dont nous agissons aujourd'hui. Nous avons besoin d'un franc changement.

  3. En tant que campagne visant à " inspirer un mouvement mondial " d'éradication de la pauvreté, quelles sont les stratégies spécifiques que vous utilisez pour atteindre ces Objectifs ?

    Tout d'abord, nous percevons les Objectifs comme faisant partie d'un agenda plus large du développement. L'aspect positif des Objectifs est qu'ils sont très spécifiques, mesurables et lies au temps; ils offrent donc des possibilités d'évaluation. En termes de stratégies, nous travaillons avec un large ensemble de partenaires car le mandat de la Campagne est de faire en sorte que les citoyens tiennent leurs dirigeants pour responsables de la réalisation des Objectifs. Nous ne faisons pas une campagne directe mais nous soutenons les actions des citoyens dans divers endroits du monde.

    Nous constatons que des groupes religieux, des syndicats, des groupes de femmes, des groupes de jeunes, et, ce qui est intéressant, de plus en plus de gouvernements locaux, d'autorités et de parlementaires locaux s'engagent. L'autre partenaire essential est les média. Nous travaillons donc avec toutes ces personnes pour faire progresser notre agenda. Par exemple, nous avons des partenariats avec MTV, la BBC et nous avons créé une série de messages, de produits qui ont été diffusés à travers le monde. Au niveau nationale, il existe différentes campagnes; au cours du dernier week-end, nous avons organisé deux grands concerts faisant suite au concert Live 8 qui a eu lieu en juillet de cette année avant le G8. Avant le Sommet Mondial, le 3 septembre, nous avons organise des concerts énormes à Accra au Ghana et un gigantesque concert à Delhi. Ce sont ce que nous appelons des concerts populaires contre la pauvreté et des sommets populaires contre la pauvreté. Nous utilisons donc un large ensemble de méthodes et de stratégies mais cette campagne n'est pas dirigée depuis un centre unique. Cela est très communicative, les gens le font de la façon qu'ils estiment avoir un sens. Nous utilisons un ruban blanc comme symbole de la Campagne et les gens comprennent partout dans le monde qu'ils peuvent porter un ruban blanc. Une campagne très en vue a été celle du Royaume Uni pour les ODM, Make Poverty History (Que la pauvreté appartienne au passé). Aux États-Unis, nous avons la campagne One. Chaque endroit est différent, les noms sont différents, le contexte varie, les demandes varient, tout est très adapté au niveau national comme doivent l'être les ODM.

  4. Le Projet du Millénaire des Nations Unies est chargé de développer un plan d'action concret pour atteindre les ODM et de créer une plate forme pour le message de la Campagne. Est-ce que le Projet du Millénaire s'aligne sur les stratégies particulières que vous incluez au travail de la Campagne ?

    Oui, le Projet du Millénaire est un ensemble de conseillers de l'Université de Columbia qui publient le rapport Investir dans le Développement, et ils ont fait leur travail. Ce qui s'est passé est une réelle discussion sur le document In Larger Freedom qui a fait l'objet de négociations lors du Sommet Mondial et qui a été largement repris par le Document sur les Résultats qui est en cours de négociation. Nous assurons donc un bon suivi en termes de processus intergouvernemental. Nous espérons qu'au moins les engagements qui ont été pris auparavant seront tenus et qu'ils iront plus loin sur certaines questions particulières qu'un simple engagement minimal.

    Mais notre plus grande préoccupation actuelle est le commerce car le commerce est le domaine qui, à la différence de l'aide et de la dette, a fait preuve du plus grand progrès de la part de l'Europe ; les choses ne vont pas plus loin aujourd'hui. Après le lancement de la tournée de Doha, nous avons constaté très peu de progrès, comme vous le savez, le coût de l'absence de modification des règles commerciales en faveur des pays pauvres et des pauvres est très élevé. Nous avons donc porté toute notre attention sur le commerce lors du Sommet et cela avancera lors de la Conférence Ministérielle de Hong Kong en décembre.

  5. À votre avis, comment l'élargissement des services financiers aux pauvres s'intègre-t-il dans le cadre du développement ? Comment les programmes de microfinance peuvent-ils aider au mieux à atteindre les ODM ? Où/quand est-ce que la microfinance est inadaptée ou inefficace ?

    Visiblement, le capital est un facteur essentiel de production dans le sens où pour les pauvres, il s'agit d'une contrainte importante pour assurer leurs moyens de subsistance, et nous voyons donc la microfinance comme un élément d'une approche plus large des sources de revenus. Le vrai problème est qu'il existe différents modèles et que les débats sur ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas sont nombreux. Nous pensons qu'en termes de responsabilisation des femmes, l'épargne et les programmes de crédit au niveau de la microfinance, surtout les systèmes basés sur l'autoassistance, sont très important. Mais le point critique, à notre avis, est que nous avons toujours cru que les stratégies de développement devaient être définies par chaque pays au niveau national. Nous sommes franchement contre l'idée de proposer aux gens des modèles de ce qu'ils devraient faire au niveau mondial car nous ne pensons pas qu'il existe des solutions mondiales sur la façon dont le développement va se produire. En réalité, c'était le problème dans les années 90 avec ledit consensus de Washington. La Banque Mondiale et le FMI avançaient leur version de ce qui était bon et de ce qui était mauvais. La position de la Campagne est que les stratégies doivent être définies au niveau national mais pas uniquement par les gouvernements ; les gouvernements doivent le faire en accord avec leurs citoyens. Si les acteurs locaux pensent que la microfinance fait partie de ce qu'ils veulent faire, cela est parfait, mais même si c'est quelque chose que nous pensons être la meilleure idée, nous n'allons pas rester assis là et dire à un pays quoi faire. Chacun doit décider. Nous pensons que les pratiques sont suffisamment bonnes dans le monde pour leur montrer que la microfinance est utile. Et je pense que la plupart de ces pays possèdent suffisamment de connaissances internes pour prendre leurs propres décisions.

  6. Une recommandation particulière faite dans le rapport du Projet du Millénaire Investir dans le Développement est que les gouvernements adoptent des politiques qui permettent aux petites et moyennes entreprises de s'accroître et éventuellement " d'augmenter leur participation au marché international et de promouvoir l'intégration des marchés régionaux. " Quels sont les principaux défis auxquels font face les pays économiquement isolés qui essayent d'atteindre de plus grands marchés, et quel est le rôle des gouvernements, des acteurs du secteur privé et des bailleurs de fonds pour les surmonter ?

    Si nous parlons des pays économiquement isolés, qui sont les pays les moins développés, les pays les plus pauvres, alors il y a des étapes que ces pays doivent franchir, des investissements qu'ils doivent faire dans leur propre population avant d'être capables d'être concurrentielles sur le marché international. Ce sont la des éléments essentiels et c'est ce dont traitent les ODM. Si vous n'investissez pas dans la santé, l'éducation, l'approvisionnement en eau, la protection des ressources naturelles alors vous vous coupez l'herbe sous le pied. Si nous ne nous préoccupons pas des besoins de base et voulons ensuite nous intégrer au marché mondial, alors ce sera comme un match de boxe contre Mike Tyson. Les gens doivent s'équiper avec les éléments de base d'abord et nous conseillerons certainement d'obtenir les éléments de base et s'assurer qu'ils fonctionnent avant toute chose.

  7. Considérez-vous que les services financiers font partie de ces éléments de base ?

    Oui, bien sûr, les services financiers sont cruciaux et importants, mais en termes d'intégration aux marchés internationaux, c'est un processus comportant plusieurs phases. Le gros problème que nous avons maintenant est que les pays en voie de développement n'ont pas la marche de manœuvre politique ni la souveraineté de base dont ils ont besoin pour échelonner et régler la vitesse de leur intégration aux marchés internationaux. Comme l'intégration aux marchés internationaux a des avantages et des inconvénients, elle nécessite des ajustements de coûts importants. Parmi les demandes commerciales que nous faisons au sein de la Campagne, nous disons que ce processus d'intégration a besoin d'être fait avec beaucoup de précaution, que les pays doivent avoir la capacité à l'échelonner, à trouver leur rythme et à protéger leurs propres économies, surtout au stade naissant.

    De nombreuses personnes ont émis des recommandations. Nous avons la Commission pour l'Afrique, la Commission de l'OIT sur la Dimension Sociale de la Mondialisation, etc. Mon point de vue personnel est que les pays en voie de développement ne manquent pas de recommandations de l'extérieur, il y a beaucoup trop de personnes qui en donnent. Le vrai défi est de savoir comment nous allons leur permettre de faire leur travail lorsque chaque agence d'aide, chaque mission possèdent des gens qui leur disent quoi faire. Le président Mkapa de Tanzanie dit que leurs ministères gèrent 600 missions chaque année en provenance de bailleurs de fonds et de personnes faisant des recommandations, mais ils ne laissent les tanzaniens décider de rien. Nous disons, s'il vous plait, laissez les pays en voie de développement prendre leurs propres décisions, laissons les décider de leur rythme. Le défi auquel nous faisons face est que quand nous demandons aux gouvernements de faire quelque chose, alors les gouvernements doivent, à leur tour, consulter leurs citoyens, ce qu'ils ne font pas souvent. Ils prennent des décisions qui ne correspondent parfois pas aux aspirations de leurs citoyens. Alors, oui, les services financiers de base et le développement des marches financiers locaux sont très importants. Je pense que tout le monde le sait. Mais les pays ont besoin d'avoir une marche de manœuvre pour le faire.

  8. Investir dans le Développement suggère : " Des marchés financiers bien développés avec des canaux de ressources pour les entrepreneurs, aident à réduire le coût et augmente l'accès au capital. Dans de nombreux pays, le secteur bancaire traditionnel a besoin d'être renforcé par une réforme réglementaire et une plus grande responsabilité des institutions financières. " Quelles stratégies la Campagne du Millénaire peut-elle promouvoir pour renforcer le secteur bancaire et le rendre plus ouvert dans les pays en voie de développement ?

    Le fait est que la plupart des personnes pauvres, les personnes qui n'atteignent pas les ODM, ne sont pas celles qui se trouvent dans le secteur bancaire traditionnel et c'est là que la microfinance devient vraiment importante pour s'occuper du secteur informel. Et dans le cas du secteur bancaire traditionnel, le problème est inversé : Il y a trop de réglementation. Cependant, en tant que Campagne, nous demandons aux campagnes nationales de déterminer leurs propres priorités et c'est ce qu'elles font. En Afrique sub-saharienne, par exemple, le VIH sera la première priorité.

  9. Vous avez déclaré que les forces impliquaient des changements du secteur financier mondial et que la transmission inter-nation d'argent avait créé " un cadre international tout à fait nouveau " laissant entendre que " la structure de gouvernance mondiale actuelle est obsolète, injuste et, globalement, inadaptée à la tâche. " Alors que le monde s'efforce d'atteindre les ODM au cours des dix prochaines années, quelle importance la Campagne du Millénaire accordera-t-elle à l'assurance que la majorité des pauvres a été finalement intégrée à l'économie mondiale ?

    Je faisais référence à la façon dont les flux financiers mondiaux étaient moins réglementés qu'ils ne devraient l'être et au fait que nous avons vu ce que cela coûtait lors de l'effondrement de l'Asie du Sud-est il y a dix ans. Et on parle beaucoup de l'augmentation des investissements comme une source importante pour la croissance, mais nous savons qu'il y a presque zéro investissement vers les pays de l'Afrique sub-saharienne en dehors des industries d'extraction du secteur des matières premières et grossièrement vous voyez des capitaux spéculatifs entrer et sortir en faisant des choses qui ne sont pas très réglementées. Nous pensons donc qu'il est très important de mettre de l'ordre également au niveau mondial. Mais en termes de personnes pauvres intégrées à l'économie mondiale, je ne pense pas personnellement que nous ayons déjà atteint ce stade. Je fais la différence entre les personnes pauvres et les pays pauvres. Si vous parlez de personnes pauvres, l'élite des pays pauvres fait déjà partie de l'économie mondiale. En Inde, mon pays, peut être 5 à 10 % de la population est intégrée à l'économie mondiale mais ce ne sont pas les personnes qui ratent les ODM. Les personnes qui nous intéressent, qui vont passer à côté des ODM, ne font même pas partie de l'économie nationale, alors autant oublier l'économie mondiale. Elles ne font partie que de l'économie locale.

  10. Y a-t-il quelque chose que vous voudriez ajouter ?

    Ce que j'aimerais ajouter est que les huit objectifs sont liés entre eux mais que pour atteindre l'Objectif 1 en particulier, c'est-à-dire l'éradication de l'extrême pauvreté, je pense qu'il sera important que ceux qui travaillent dans la microfinance s'engagent réellement à l'égard des ODM. Nous avons maintenant des campagnes nationales dans la plupart des pays, certainement dans la plupart des pays pauvres, il est donc crucial que les acteurs de la microfinance commencent à s'engager dans les campagnes nationales et en fassent partie. Je pense que le secteur de la microfinance devra étudier comment commencer à s'engager et comment il aimerait s'impliquer dans la lutte mondiale contre la pauvreté. Car je ne pense pas que le mouvement de la microfinance puisse être vu de manière isolée par rapport au mouvement de lutte contre la pauvreté. C'est définitivement un outil de lutte contre la pauvreté.

    Pour plus de détails sur comment s'engager dans la Campagne du Millénaire, veuillez visiter :
    www.millenniumcampaign.org
    www.whiteband.org