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LE FONDS D'EQUIPEMENT DES NATIONS-UNIES Microfinance |
Numéro 16 / septembre 2005 |
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Des comptes rendus depuis le terrain :
L'intégration de la microfinance dans la stratégie de reprise économique du Kenya Par Beatrice Sabana, Présidente, Comité National du Kenya, Année Internationale du Microcrédit
Réunion des participants en 2003 afin de débattre de la politique de microfinance au Kenya
Le vice président de la République du Kenya, l'Honorable Moody Awori et le ministre des Finances, l'Honorable David Mwiraria escortés par Mme Beatrice Sabana, la PDG de l'Association des Institutions de Microfinance (AMFI), Lames Mwangi, PDG de Equity Bank et Gerald Macharia, vice président de l'AMFI, à la réunion des participants. Avec une population de 30 millions de personnes et un revenu par habitant de 260 US$, le Kenya est classé parmi les 20 pays les plus pauvres du monde.[1] Les estimations indiquent qu'environ 47 % de la population rurale et 29 % de la population urbaine vit dans des conditions de pauvreté absolue, dans lesquelles la malnutrition et la famine saisonnière ne sont pas uniquement des craintes, mais également une réalité fréquente de leur vie. D'autre part, le taux de chômage, aujourd'hui estimé être de 25 % à 35 %, menace d'échapper à tout contrôle car environ 0,5 millions d'élèves abandonnent l'école chaque année et rejoignent le rang des chômeurs. Les forts taux de pauvreté associés à une croissance économique lente dans le secteur traditionnel ont donc obligé de nombreux kenyans à s'auto-employer et créer des activités informelles, pourtant l'accès aux services financiers reste un défi majeur. En juin 2003, on estimait à 3 460 le nombre des fournisseurs de services de microfinance légalement établis au Kenya, comprenant 3 397 coopératives d'épargne et de crédit et des intermédiaires de type coopératives basés sur la communauté, 56 institutions de microfinance, quatre banques commerciales, deux sociétés de construction et la Banque d'Epargne de la Poste du Kenya. Ont été exclus de cette liste les 17 305 associations de crédit et d'épargne rotatives (ROSCAS), les 115 884 groupes de femmes enregistrés et les 1 342 producteurs agricoles et sociétés de coopérative en marketing, également impliqués dans le crédit à travers le pays. Environ 3,8 millions de Kenyans dépendent totalement des ONG financières, des coopératives et de la Banque d'Epargne de la Poste du Kenya pour les services financiers. En juin 2003, l'ensemble des dépôts détenus par les coopératives financières, les ONG, la Banque d'Epargne de la Poste du Kenya et les intermédiaires financiers basés dans la communauté était estimé à 82,3 milliards de Kshs (1,1 milliard de US$)[2] alors que le total des prêts atteignait 71,4 milliards de Khsh (940 millions de US$). (les coopératives financières seules détenaient plus de 70 milliards de Kshs (920 millions de US$)en décembre 2003). Au total, le secteur de la microfinance comprend un groupe très grand et divers d'institutions offrant une gamme de prêts et de produits d'épargne à leurs clients. On estime que 3,8 millions de kenyans dépendent totalement des ONG financières en matière de services financiers, alors qu'environ 1,1 million dépendent des associations et groupes informels pour les même services à travers le pays. La stratégie de réduction de la pauvretéEn 2002, le gouvernement Kenyan a élaboré un document de stratégie de réduction de la pauvreté (DSRP) qui soulignait les politiques et stratégies clés en matière de réduction de la pauvreté. Les principaux objectifs de ce DSRP étaient :
Le DSRP se basait sur cinq principes clés : Offrir une voix aux pauvres, participation et propriété, transparence, ouverture et responsabilité et distribution équitable des ressources nationales et des initiatives de développement. Le DSRP a élaboré des stratégies de revitalisation des secteurs suivants :
- Agriculture et développement rural. Le DSRP a été élaboré via un processus participatif qui a commencé au niveau des districts puis a été adapté au niveau national. Au niveau des districts, les discussions des premiers participants ont été organisées avec les secteurs politique, administratif, religieux et privé ainsi qu'avec les dirigeants sociaux et de la société civile. Les dirigeants ont identifié les causes principales de la pauvreté dans leurs districts respectifs et ont défini la priorité de leurs besoins en développement ainsi que des stratégies de réduction de la pauvreté adaptées. À la fin des consultations auprès des districts, une conférence des participants nationaux a été convoquée au cours de laquelle les résultats de chaque district ont été vérifiés et combinés pour former une stratégie nationale de réduction de la pauvreté. D'après la Banque Mondiale, le DSRP a fourni une base solide pour une aide libérale du FMI. Cependant, le DSRP n'a pas été mis en place à cause des élections de 2002 qui ont amené un nouveau gouvernement. En 2003, le nouveau gouvernement, élu sur la base de réformes, a élaboré sa propre Stratégie de Reprise Economique en faveur de la Création de Richesses et d'Emplois (SRE) se basant grandement sur le DSRP élaboré par l'administration précédente tout en traduisant ses propres priorités. Contrairement au DSRP, la SRE se base sur un programme de réformes solide dans tous les secteurs clés ainsi que sur une articulation des stratégies visant à combattre la corruption et à renforcer la gouvernance politique et économique. Dans son premier discours au parlement, le président Mwai Kibaki a déclaré : " On s'attend à ce que les micro-entreprises jouent un rôle dans la création d'emplis au Kenya. Cependant, nous reconnaissons que le potentiel de croissance du secteur est ralenti par plusieurs contraintes. Celles-ci comprennent : Un mauvais accès aux marches, un manque de crédit et un mauvais environnement politique. Mon gouvernement va bientôt présenter à la Chambre un document de séance sur le développement des petites et moyennes entreprises en faveur de la réduction de la pauvreté et de la création d'emplois ". La microfinance et la Stratégie de Reprise Economique (SRE)La SRE a été élaborée par un processus participatif similaire à celui du DSRP avec l'Association des Institutions de Microfinance qui ont joué un rôle de lobbying particulièrement actif dans les consultations et lors de la soumission de pétitions au Ministre des Finances et au Ministre de l'Économie. Le document qui en ressort souligne une stratégie de reprise centrée sur une activité et des investissements du secteur privé réactivés, et surtout un développement des petites et moyennes entreprises. Les objectifs, politiques et stratégies en faveur du développement des micro et les PME du gouvernement s'articulent également dans un programme d'investissement. Le Ministre des Finances, David Mwiraria a déclaré : " Les institutions de microfinance et les sociétés coopératives d'épargne et de crédit jouent un rôle important dans notre économie. Il est nécessaire de les encourager et de les promouvoir en créant un environnement favorable ainsi qu'en élaborant un cadre réglementaire. La stratégie SRE se base sur trios piliers liés entre eux : 1. La croissance économique soutenue par des réformes du secteur financier, y compris de la microfinance. La stratégie pour réaliser ces réformes consiste en un renforcement du rôle d'intermédiation du secteur financier, particulièrement en :
2. L'expansion et la réhabilitation des infrastructures grâce à un plus grand investissement dans le secteur.
3. La gouvernance, comprenant le renforcement de la sécurité publique, de la loi et de l'ordre. Le document de la SRE identifie la microfinance comme un des secteurs qui facilitera la reprise économique et il souligne les diverses mesures qui seront prises pour permettre le développement du secteur. Parmi celles-ci, le passage de la loi sur la microfinance est essential car il offrira un cadre juridique et réglementaire au secteur. Il est prévu que la loi soit promulguée d'ici fin 2005. Elle permettra aux institutions de microfinance de mobiliser et de faire office d'intermédiaire en matière d'épargne auprès du public, lui offrant ainsi un accès à un capital commercial à bas prix. La loi offre un cadre réglementaire par le biais de la Banque Centrale du Kenya qui assure que toutes les institutions de microfinance qui déposent-retirent adhèrent à des normes prudentielles. Elle cherche aussi à protéger les déposants en exigeant que les institutions de microfinance qui déposent-retirent contribuent au fonds de protection des dépôts. Le programme de réforme du secteur financier soutenu par le FMI et la Banque Mondiale comporte également un volet sur les réformes du secteur de la microfinance. Suite à la SRE, un Service de Finance Rurale a été créé à la Banque Centrale du Kenya alors qu'une unité de microfinance a été créée au Ministère des Finances. La gouvernement a également accepté des propositions des participants sur la formulation d'une politique de microfinance. Enfin, un processus de cartographie de la microfinance, fondé par le Service du Développement International du Royaume Uni et constituant son apport à l'Année Internationale du Microcrédit est en cours. Les résultats de ce processus de cartographie offriront des données utiles en matière d'offre et de demande dans le secteur de la microfinance, comprenant la couverture, les acteurs du secteur, la part de marché, les produits offerts et les résultats financiers. Ces données serviront aux investisseurs, aux partenaires du développement, aux institutions de microfinance et aux clients. Au Kenya, la microfinance est donc reconnue comme un participant important au programme de réforme financière de la SRE.
(1) Rapport sur le Développement Mondial de la Banque Mondiale, 2003.
(2) Cette somme n'inclut pas les prêts de 159,2 milliards de Kshs aux membres des sociétés coopératives de marketing et production agricole au 31 décembre 2002. |