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LE FONDS D'EQUIPEMENT DES NATIONS-UNIES    Microfinance

Numéro 16 / septembre 2005

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Le développement du secteur financier - un élément déterminant pour atteindre les ODM:

Il a été démontré que l'augmentation du crédit privé réduisait les inégalités de revenus

Par Asli Demirguc-Kunt, Directrice de Recherche en Finance, Banque Mondiale

L'accès au crédit privé ou son absence est un test décisif en matière de richesse ou pauvreté. Si vous êtes riche, vous avez cet accès et vous pouvez l'utiliser pour vous enrichir encore plus. Si vous êtes pauvres, vous n'y avez pas accès et vous restez pauvres. La sagesse conventionnelle suggère que l'élaboration d'un secteur financier n'a que peu d'effet sur ce fossé.

Mais l'étude de la Banque Mondiale révèle qu'un haut degré de développement financier, c'est-à-dire lorsque le crédit privé représente un pourcentage élevé du PIB, peut être le résultat de la richesse mais peut être également un déclencheur puissant de réduction de la pauvreté.

Le crédit privé en tant que part du PIB

On s'attend à ce qu'un secteur financier fort, avec des banques solides, des marchés des actions et obligations dynamiques, des compagnies d'assurance bien établies et une multiplicité d'intermédiaires financiers, stimule la croissance économique. La nouveauté est que : Dans les pays possédant des secteurs financiers bien développés où le crédit privé représente une grosse part du PIB, les pauvres bénéficient d'une accélération de leurs revenus grâce à la croissance. En attendant, les pauvres qui vivent dans des pays ayant le même taux de croissance mais dans lesquels le crédit privé représente une part moins importante, restent plus pauvres.

Les schémas de microfinance peuvent aider à combler ce fossé en proposant des prêts aux pauvres leur permettant de lancer de petites entreprises qui ne seraient autrement pas créées. La microfinance est importante pour les personnes extrêmement pauvres qui n'ont aucun accès à d'autres sources de crédit. Mais elle représente au mieux seulement une petite partie de tout le crédit privé, c'est-à-dire, le montant du crédit dirigé des épargnants par le biais des banques et autres intermédiaires financiers, vers les entreprises privées.

Les nouvelles études de la Banque Mondiale

Les études récentes de la Banque Mondiale indiquent que la proportion du crédit privé disponible provoque des augmentations plus rapides des revenus des pauvres car, relativement parlant, elle stimule la croissance de toute l'économie. [1] En d'autres termes, le développement financier augmente le revenu national et réduit les inégalités de revenus en même temps. Il promeut ce qui peut être nommé une " croissance en faveur des pauvres ".

Cette découverte suggère que le développement du secteur financier est un élément déterminant des perspectives d'un pays pour atteindre les huit Objectifs de Développements du Millénaire (ODM), qui comprennent la réduction de moitié de la population vivant avec moins de 1 US$ par jour d'ici 2015.

La finance " en faveur des pauvres "

Cette dimension discrète " en faveur des pauvres " de la finance est due à deux facteurs. Tout d'abord, alors que les secteurs financiers gagnent en profondeur, ils étendent aussi leur couverture en offrant des services financiers directement aux clients les plus pauvres. Il est nécessaire d'effectuer plus d'études d'évaluation pour mesurer le degré de leur impact général mais l'expérience suggère que la microfinance a fait une grosse différence pour ceux qui y ont accès.

Ensuite, et cela est plus important, un facteur fait que même lorsque le développement financier n'atteint pas directement les pauvres, il améliore les résultats économiques généraux de telle façon qu'il offre une augmentation non proportionnée des revenus pour les pauvres. Un crédit privé plus abondant crée une vague d'augmentation qui soulève tous les bateaux et encore plus ceux des pauvres.

Une analyse comparative des taux de croissance annuels moyens de la pauvreté, du crédit privé et du PIB sur 20 ans montre que les pays ayant des niveaux de crédit privé plus élevés réduisaient plus rapidement la pauvreté. Par exemple, au Chili, où le crédit privé représente 54 % du PIB, le pourcentage de personnes vivant avec moins de 1US$ par jour a baissé de 14 % par an de 1987 à 2000. Mais au Pérou, tout proche, où le crédit privé s'élève à seulement 13 % du PIB, la proportion des personnes extrêmement pauvres a progressé de 19 % de 1985 à 2000. les nouvelles estimations, prise en compte d'après leur valeur faciale, sous-entendent que si le secteur financier du Pérou avait été aussi développé ou si son marché du crédit privé avait été aussi bien alimenté qu'au Chili, la proportion de la population vivant avec moins de 1US$ par jour pourrait n'être que de 2 % aujourd'hui, au lieu de 15 %, une différence de 3,4 millions de personnes.

Un calcul similaire suggère que les revenus moyens des pauvres au Brésil auraient pu progresser de plus de 1,5 % par an de 1960 à 1999 au lieu de 0 % si le système financier du Brésil avait été aussi développé que celui de la Corée ; le crédit privé en Corée s'élève à 74 % de son PIB alors qu'au Brésil, il n'atteint que 28 % du PIB.

La finance aide à élargir l'éventail des entreprises et des secteurs économiques qui peuvent prendre pied dans l'économie moderne et probablement réduire les concentrations de richesses qui sapent les prévisions de croissance économique générale. Un sondage international montre que les petites entreprises gagnent plus en termes d'accès à la finance lorsque les systèmes financiers et juridique sont renforcés.

Un secteur financier dynamique peut avoir pour résultat un élargissement des services bancaires et de crédit aux ménages à faibles revenus. Mais sa plus grande contribution est qu'il augmente le volume de crédit mis à disposition de tous les entrepreneurs, qui, à son tour, augmente le niveau d'activité économique, générant plus d'emplois et des revenus plus élevés chez les pauvres.

En se renforçant le secteur financier apparaît comme un objectif gagnant-gagnant qui promet une croissance plus rapide et une plus grande égalité de revenus sans susciter de violents débats autour de la redistribution et des compensations qu'elle sous-entend habituellement.


Références :

Beck, Thorsten, Asli Demirguc-Kunt and Ross Levine, 2004, "Finance, Inequality and Poverty: Cross-Country Evidence," Document de Travail de la Banque Mondiale.

Honohan, Patrick, "Financial Sector Policy and the Poor," Document de Travail No. 43. Washington D.C.: La Banque Mondiale.




(1) "Finance, Inequality and Poverty: Cross-Country Evidence", by Thorsten Beck, Asli Demirguc-Kunt and Ross Levine (2004); "Financial Sector Policy and the Poor", de Patrick Honohan.