Rôle de la Gouvernance Locale dans la prévention et le règlement des conflits
11 novembre 2004 : Au fur et à mesure que les conflits continuent d'ébranler les efforts de développement partout dans le monde et que les pays émergent de guerres débilitantes, les Nations Unies étudient les moyens que les gouvernements ont pour sortir de la guerre et comment ils peuvent contribuer à éviter que les conflits n'éclatent dans le futur. Le Fonds d'Equipement des Nations Unies participe à cette démarche de Prévention et Règlement des Conflits (PRC) à travers son travail avec les gouvernements locaux.
Les 26 et 27 octobre le Programme de Développement des Nations Unies (PNUD) et le Bureau des Services aux Projets des Nations Unies (UNOPS) ont accueilli la 13ème réunion annuelle du réseau de PRC à Genève. Cette réunion a réuni des représentants de bailleurs de fonds et des agences internationales soutenant la prévention et le règlement des conflits dans les pays en développement et en transition. Les deux jours de discussion ont mis en lumière: (i) les pratiques d'évaluation de conflits et leur impact potentiel sur la programmation de l'aide externe et (ii) les défis et opportunités pour les programmes de gouvernance en développement que soutient le PRC.
Une session était dédiée à la "Gouvernance Locale dans la prévention et le règlement des conflits" et dirigée par Leonardo Romeo du FENU. La présentation du FENU (i) a souligné les différences entre les raisonnements des bailleurs de fonds et ceux des gouvernements favorisant la décentralisation, (ii) a appelé à la reconnaissance du probable potentiel de la décentralisation d'un Etat en construction et (iii) a mis en avant "l'approche de la gouvernance locale" de prévention de conflits et de règlement post-conflits implanté grâce au programme " Programmes de Développement Local" soutenus par le FENU dans un nombre de pays enclins au conflit ou dans des pays en sortie de crise.Dans les "Etats faibles", les réformes de décentralisation sont décrites comme une stratégie d'Etat en construction, par des dirigeants qui trouvent le renforcement de la légitimité de l'Etat compatible avec leurs intérêts politiques stratégiques et ont des marges de manœuvre pour atteindre cet objectif. Les réformes de décentralisation ne sont plus alors le résultat d'un processus de "bas en haut", mais sont conduites par l'intérêt politique personnel du dirigeant du pays. En général, ils cherchent à (i) transférer les ressources des commandes du pouvoir vers une plus grande légitimité politique du parti au pouvoir, (ii) neutraliser les potentiels rivaux ethniques et coopter ou déplacer les pouvoirs traditionnels et, (iii) renforcer la présence de l'administration d'Etat à la périphérie.
Quant aux raisonnements de décentralisation démocratique et " développementale " (une démocratie participative et une plus grande efficacité productive des dépenses publiques allouées) que les bailleurs de fonds communément avancent ; ils ne fournissent souvent seulement qu'une "façade" pour les réformes qui ont essentiellement pour but le renforcement des forces politiques dominantes via une augmentation de la légitimité de l'Etat.
En conséquence, les réformes de décentralisation dans les "pays faibles" souffrent souvent du même syndrome de "fin prématurée" souligné par de récentes études de transitions démocratiques. Par exemple, une fois les réformes politiques promulguées, elles ne sont pas suivies par les arrangements nécessaires de décentralisation fiscale, administrative ou démocratique et les avantages " développementaux " des réformes ne sont pas réellement réalisées.
Les bailleurs de fonds devraient-ils alors supprimer leur aide aux réformes de décentralisation dans les pays faibles? L'expérience du FENU, du Cambodge au Yémen et de l'Ouganda à l'Angola, montre au contraire le besoin d'un engagement durable et pragmatique. Les bailleurs de fonds soutenant les réformes de décentralisation devraient apprendre à reconnaître, et à accepter, la tension entre les prescriptions normatives (qui accentuent la participation démocratique et la gestion efficace des dépenses publiques) et les priorités politiques des réformes (qui accentuent un Etat en construction et la légitimité politique).
L'interdépendance entre les territoires et l'Etat central dans le processus de reconstruction d'un Etat, devrait attirer plus d'attention qu'elle n'en a suscité jusqu'à maintenant, car (i) l'Etat lui-même ne peut pas être reconstruit sur des bases solides sans aborder et résoudre le problème des relations Etat- Territoire et (ii) la présence de l'Etat doit être rétablie dans tout le pays pour fournir l'environnement légal et sécuritaire qui permettra aux nouvelles institutions territoriales d'aborder et de gérer les conflits locaux.
En résumé, les bailleurs de fonds doivent comprendre et accepter que la décentralisation peut profiter à un Etat en construction et à la prévention de conflits avant même que son potentiel pour la démocratie et le développement soit pleinement réalisé. Ils devraient également être conscients des contradictions inhérentes et dynamiques d'un Etat en construction du fait de la décentralisation et utiliser ces contradictions pour favoriser les objectifs démocratiques et " développementaux " des réformes. Un engagement anticipé et un partenariat dans un Etat en construction peuvent générer les meilleures opportunités d'approfondir le processus de réforme, éviter sa "fin prématurée" et réaliser le potentiel de la décentralisation pour le développement local et la réduction de la pauvreté.
Téléchargez la
Présentation PowerPoint (version anglaise uniquement) pour la présentation complète, les exemples de "l'approche de gouvernance locale" soutenue par le FENU pour la prévention et le règlement des conflits au Cambodge, au Yémen et en Angola.
Un rapport conceptuel sur "Une approche de gouvernance locale pour prévenir et régler les conflits" est également disponible pour téléchargement en
PDF (version anglaise uniquement).





