La fixation des dunes comme solution pour protéger les communes rurales de l'assaut de la désertification
Le reboisement autour de Kawa
Photo : Henry Glorieux
Un puits à l'abri de la menace d'ensablement, près de Kawa
Photo : Henry Glorieux
09 decembre 2005 - Le Fonds d'Equipement des Nations Unies (FENU) initie des mesures pour contrer la désertification autour du village de Kawa dans le cadre d'un Projet d'Appui au Développement Local (PADL).
L'ancêtre de Chabougou, actuel chef du groupement peul du village, avait choisi d'installer les siens sur le site de Kawa, parce qu'il présentait de nombreux atouts. Le relief particulier de l'endroit est modelé par des cuvettes et des bas-fonds, qui conservent l'eau de pluie. Une végétation herbacée et ligneuse, suffisante pour nourrir le cheptel, poussait sur des sols d'argile mêlé de sable. La production agropastorale assurait largement la subsistance des peuples Toubous, Peuls et Kanouris, sédentaires ou nomades, de passage aux alentours de Kawa.
Deux importantes sécheresses, survenues en 1973 et 1984, ont mis fin à cette période de relative prospérité. Le phénomène de désertification entraînant l'ensablement des infrastructures et des terres agricoles, la disparition progressive de la végétation, la perte de la diversité biologique et le manque d'eau ont appauvrit de la zone et provoqué l'exode des populations vers la ville de N'Guigmi et les pays voisins. Les populations inquiétées par leur survie quotidienne, pouvaient difficilement concevoir et respecter une planification de la gestion des ressources à long terme. La pression sur les ressources naturelles disponibles devenue de plus en plus forte, sans égard pour la régénération du milieu, a fragilisé un environnement déjà précaire.
La communauté de Kawa a décidé en 2004 de faire face à l'avancée du désert et à ses conséquences, en sollicitant l'aide du FENU dans le cadre d'un Projet d'Appui au Développement Local.
Les problèmes identifiés par les représentants des habitants de Kawa et le FENU sont liés au difficile contexte climatique et géologique. La sécheresse sévit à intervalles réguliers dans la localité et les vents y exercent des actions érosives intenses, notamment lorsqu'ils soufflent sur les vastes espaces nus à topographie plane caractéristiques de la zone. Les végétaux, enracinés dans des sols pauvres et arides, offrent peu de résistance aux agressions du vent et du soleil. La disparition du couvert végétal rend les sols très vulnérables. Lorsque la structure du sol est dégradée, ses parties superficielles sont en mouvement ; la mobilité du sable empêche alors la re-colonisation des sols par les végétaux et conduit à la formation des cordons de dunes.
Un micro-projet, visant à lutter contre l'ensablement et la formation des dunes au moyen de la fixation mécanique et biologique des dunes a été élaboré par le PADL, après concertation avec la population de Kawa. Il a été établi que la population devrait être hautement impliquée, pour que la réalisation de l'action soit réussie. Les hommes et les femmes, les jeunes et les anciens, tous devaient contribuer à la lutte contre l'avancée du désert. Madame Fanta, responsable du groupement des femmes, a insisté sur la nécessité pour la communauté de s'organiser pour combattre le fléau.
La mission des femmes dans le cadre du procédé de fixation biologique des dunes consiste à produire des plants. La plantation d'arbres et d'arbustes permet de dévier le vent et de protéger le sol et les jeunes pousses. Le choix des espèces à planter est fait en fonction du type de sol auquel elles sont destinées. Les prosopis chilensis et juliflora, utilisés en raison de leur bonne valeur fourragère, sont plantés dans les zones à sable vif ; les acacias albida et Senegal, très résistants à la sécheresse, sont préférés pour le repeuplement des zones pauvres en humus. Différentes méthodes sont appliquées pour obtenir une couverture du sol aussi rapide que possible ; ainsi, l'écartement entre les arbres et les arbustes est réduit pour renforcer la densité du tapis végétal en formation. Les hommes coordonnent les actions. M. Chabougou, par exemple, assure l'encadrement des ouvriers avec les chefs de chantier. Les hommes se chargent aussi d'organiser la coupe et le transport des matériaux pour la fixation mécanique des dunes et mettent en place un système de claies.
Les équipes du PADL en collaboration avec les habitants de Kawa ont fixé cinq hectares de dunes autour des infrastructures du village, dès leur première intervention, fin 2004. Un comité de gestion et de surveillance du site a été mis en place. Les puits, les écoles, les centres de santé sont désormais à l'abri du déchaussement, et autres dégâts, provoqués par le vent et l'avancée du désert. On observe également la remontée de la nappe phréatique ainsi que le retour de certaines espèces d'animaux. Progressivement, la vie reprend ses droits dans cette zone touchée par la désertification.
Marianne Fabre-Lanvin





