Le développement local : un outil de prévention des conflits
Par Carlos Barry
Chargé de programme FENU (Guinée)
CONAKRY – 18 mars 2008 : Le climat de paix observé dans la zone d'intervention du PDLG, lors de la grave crise sociale accompagnée de destruction massive d'édifices publics, est lié en partie à l'effort d'édification d'une bonne gouvernance locale impulsée par le développement local.
Les initiatives de développement local mises en œuvre par les communautés rurales de développement (CRD) de Siguiri et de Kouroussa (Haute-Guinée), accompagnées par le Programme de développement local en Guinée (PDLG), ont contribué à l'émergence et au renforcement d'une saine gouvernance politique et économique, reflétée par une meilleure gestion de la collectivité locale, une nette amélioration de la culture du civisme fiscal et de la responsabilité redditionnelle des mandataires vis-à-vis des mandants.
L'étude sur la fiscalité locale réalisée en 2004, a montré que l'une des causes de la faiblesse des recettes des CRD est l'étroitesse des recettes fiscales due aux difficultés de mise en valeur des potentialités économiques locales. L'analyse des dynamiques socio-économiques réalisée dans le cadre de cette étude a révélé l'importance relative des potentialités économiques locales, leur diversité et leur inégale répartition dans les CRD.
Malgré l'existence de ces potentialités (dense réseau hydrographique, considérables ressources du sous-sol, importante disponibilité en terres cultivables, population active et expérimentée, etc.), la plupart des CRD disposent d'un tissu économique assez faible et sont confrontées à la pauvreté grandissante de leurs populations ainsi qu'à la faiblesse de leurs ressources financières, source de frustration et de menaces sur la paix sociale.
Aussi, les marchés hebdomadaires, lieux de concentration de l'essentiel des activités économiques dans les CRD, ne sont ni aménagés, ni appropriés par les CRD alors qu'ils constituent les principaux facteurs de polarisation de l'espace et des possibilités de revenus pour les populations (commercialisation des produits agricoles) et une source importante de recettes pour les CRD (perception de loyers et droits divers).
Dans un tel contexte, et afin de renforcer la capacité d'auto-gestion des CRD et d'améliorer la situation économique et sociale des populations concernées, le Fonds d'Équipements des Nations Unies (FENU) a initié en 2004, dans l'ensemble des CRD de Kouroussa et de Siguiri, le système d'analyse financière et institutionnelle des collectivités locales (SAFIC). Les audits institutionnels, économiques et financiers réalisés dans le cadre du SAFIC, ont permis de recenser les dysfonctionnements au plan économique, financier et organisationnel et de proposer des mesures d'amélioration de la gestion locale dans ses différents aspects.
D'où l'intérêt et la pertinence de l'organisation des CRD en territoires de développement autour de pôles économiques identifiés sur la base de gisements de ressources potentielles de la fiscalité locale. Ainsi sept pôles économiques ont été proposés dont trois à Kouroussa (CRD de Cisséla, Kiniéro et Baro) et quatre à Siguiri (CRD de Doko, Kintinian, Norassoba et Siguirini).
Action Pôle (Gare Routière et Marchés)
Un « pôle de développement » ou territoire de coopération inter-CRD est un espace organisé autour d'une CRD susceptible de jouer un rôle de moteur économique (compte tenu de son potentiel de développement économique). Il est composé de deux ou plusieurs CRD contiguës, liées par des réalités géographiques, historiques, culturelles ou économiques et reliées entre elles par un réseau de pistes rurales pour former un territoire de proximité au sein duquel les populations vivent leur processus de développement.
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Outre l'émergence des pôles qui s'inscrit dans le cadre du PADEL né du SAFIC, les initiatives liées au PARFIC, un notoire résultat du SAFIC, ont largement contribué à l'amélioration de la capacité d'autogestion des conseils communautaires et accru l'appropriation par ces structures des notions de base de la décentralisation et du développement local.
En effet, les élus locaux maîtrisent mieux aujourd'hui, les règles qui régissent le fonctionnement des collectivités décentralisées (CRD, district) perçoivent avec plus de clarté leurs rapports de coopération avec la tutelle rapprochée et enfin sont devenus plus conscients du rôle et des responsabilités qui leur sont dévolus dans le processus de développement de leur terroir et du maintien de la cohésion sociale. Ils veillent dorénavant au respect de la périodicité légale des réunions des conseils communautaires et en disséminent et appliquent avec la régularité et la rigueur requises, les décisions.
Ces initiatives novatrices ont eu pour effets positifs l'affermissement de la responsabilité redditionnelle des mandataires. Cette dynamique est à la base de l'émergence d'un environnement habilitant qui a facilité l'amélioration du civisme fiscal et favorisé les résultats encourageants obtenus par les collectivités locales avec l'appui du PDLG.
Visite de terrain
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Bureau du Préfet à Kankan |
Véhicule d'un Programme de la BAD |
Bureau du PDLG/Kankan
Lentement mais inexorablement, les élus locaux se sont appropriés les principes de la bonne gouvernance et pris conséquemment la mesure de leurs responsabilités en tant qu'acteurs de développement. Dorénavant, ils ont conscience que le développement et la paix sociale sont corrélatifs car le progrès social n'émerge qu'au sein des sociétés qui sont en paix.
Cette prise de conscience et la volonté des communautés d'auto-promouvoir leur développement afin de reculer la pauvreté et accroître leur mieux-être, expliquent sans doute la préservation dans la zone d'intervention du PDLG, des biens publics de la destruction massive que le pays a enregistré lors de la grave crise sociopolitique en janvier et février 2007. |
Société d'exploitation des eau de Guinée à Kankan mitoyen au PDLG |





