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Objectifs du millénaire : s'attaquer aux inégalités
  • April 26, 2012

Tida est une petite fille de 7 ans. Elle vit au Cambodge, un pays au score flatteur au regard des Objectifs du millénaire fixés par les Nations unies. Et pourtant, Tida ne va pas à l'école, habite dans une maison sans électricité ni eau courante. Si elle venait à tomber malade, elle ne pourrait accéder à aucun hôpital.<o:p></o:p>

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Tida n'est qu'un exemple parmi des centaines de millions de personnes laissées pour compte du développement de leur pays. Au moment où les discussions s'amplifient autour de ce qui devrait venir remplacer les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) après leur expiration en 2015, il est fondamental de s'interroger sur la manière dont ces nouveaux critères universels vont prendre en compte les inégalités.<o:p></o:p>

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Mais revenons un peu en arrière: est-ce vraiment une bonne idée de fixer des objectifs tels que les OMD? Je pense que la réponse est oui, sans hésiter. Les OMD ont fourni un cadre immensément utiles pour le dialogue sur le développement et l'aide internationale, et ils ont diffusé une culture d'évaluation des progrès accomplis.<o:p></o:p>

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Ainsi, tandis que nous approchons de la fin des OMD actuels, la question qui se pose n'est pas de savoir si nous devons les renouveler, mais comment les réviser de manière à:

-prendre en considération ce qui ne marche pas avec les objectifs actuels;
-définir ce qui devrait être pris en compte dans les défis émergents pour le développement.<o:p></o:p>

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Ces deux points révèlent que les inégalités devraient être identifiées comme un défi majeur à considérer. D'une part, les OMD actuels n'ont pas suffisamment débusqué les inégalités. Dans certains cas, les OMD étant mesurés de manière agrégée au niveau national, ils ont même encouragé les gouvernements à concentrer leurs actions sur les populations les plus faciles à atteindre et non sur les plus démunies. D'autre part, il est clair que les inégalités sont en passe de devenir l'un des principaux enjeux en matière de développement pour la décennie à venir. Tandis que les pays en voie de développement sont sur le point de réaliser certains OMD, de larges disparités subsistent et dans certains cas s'accroissent.

 

Un message similaire émane également des pays «développés». Qu'il s'agisse de recherches les plus rigoureuses ou de la vox populi, il ressort que le modèle de développement généralement appliqué bénéficie trop souvent à un nombre limité de personnes, et non à la majorité.

 

À ce stade de la réflexion, je sais ce que pourraient rétorquer nombre d'économistes: les inégalités font partie du jeu. Surtout dans les pays en voie de développement, elles seront amenées à diminuer à mesure que les bénéfices de la croissance se diffuseront. Cet argument ne tient pas la route. Il existe un grand nombre de pays où l'«effet de diffusion» ne se réalise pas, et où les inégalités viennent miner la cohésion sociale et menacer le développement futur. Même si les arguments «pro-inégalités» des disciples de Milton Friedman étaient corrects, j'estime qu'un défi majeur de la décennie prochaine est d'identifier non pas le chemin le plus rapide vers la croissance, mais le plus juste.

 

Dans ces contextes, l'Organisation des nations unies (ONU) a un rôle stratégique à jouer. L'ONU peut appuyer une nouvelle approche au développement qui concilie équité et efficacité. Ce que je propose: inclure dans le cadre après-2015 un nouvel OMD conçu comme une sentinelle de «croissance inclusive». Je l'appellerais «OMDi». Cet objectif viserait les progrès en matière de réduction des disparités entre les plus riches et les plus démunis, ainsi que les disparités entre régions en pointe et régions à la dérive.

 

Définir et mettre en Ĺ“uvre cet OMD sera exigeant tant pour des raisons techniques que politiques.

 

Sur un plan politique, un tel OMD signifierait accorder plus de visibilité aux inégalités. Tous les gouvernements n'y seront pas favorables. Imaginez les difficultés que pose pour la Chine une discussion sur les disparités entre zones rurales et urbaines, ou pour les États-Unis un débat sur le «modèle» américain, au moment où celui-ci voit s'accroître les inégalités internes.

 

Sur un plan technique, certains pourront arguer que l'évaluation de ces inégalités n'est pas chose aisée et pourrait aboutir à des concepts erronés.

 

Le but n'est pas cependant d'aboutir à des estimations exactes. Il s'agit d'attirer l'attention sur Tida, cette petite fille de 7 ans qui vit dans un pays «en développement rapide» mais qui n'a toujours pas d'avenir. Les OMD du futur ne peuvent tout simplement la laisser au bord du chemin.

 

*Les opinions exprimées dans cet article ne représentent que celles de l'auteur et pas nécessairement celles des Nations unies.