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Coopération transfrontalière : des enjeux de taille en Afrique de l’ouest

Le contexte ouest africain de la dernière décennie a été marqué par un intérêt accru pour les initiatives locales de coopération transfrontalières de la part des États et des organisations d’intégration régionale, soutenues par l’action de plaidoyer d’ONG et de partenaires.

Ce contexte s’est consolidé par une plus importante institutionnalisation du fait transfrontalier et la prise de position d’organismes internationaux et panafricains en faveur de la coopération transfrontalière.

De plus, la marche de la décentralisation a mis en avant les possibilités et nécessités de coopération entre collectivités et acteurs locaux voisins pour tenir compte des espaces communs, partagés et des relations entre unités territoriales. L’émergence des intercommunalités pour faire face au morcellement des espaces de développement local a mis en avant l’efficience des coopérations inter-collectivités et a permis d’envisager la coopération transfrontalière sous un autre angle, celui du développement commun d’espace transfrontalier.

Ainsi, plusieurs zones pilotes comme la zone SKBo, la Sénégambie Méridionale, Katsina-Kano-Maradi (K2M), le Bassin du Karakoro (Mali-Mauritanie) ont bénéficié d’appuis divers pour la formulation d’initiatives transfrontalières. Ces expériences pilotes ont permis de faire connaître le potentiel de développement et de coopération entre acteurs de ces espaces voisins ainsi que l’intérêt de soutenir ces démarches pour la paix, l’aménagement du territoire et l’intégration régionale.

En effet, les enjeux liés à la consolidation de la paix, au développement économique des zones défavorisées, à l’aménagement du territoire à travers les complémentarités économiques, et à l’intégration régionale sont des priorités qui nécessitent un meilleur cadre de gouvernance pour plus d’efficacité et de cohérence dans les interventions. Car aujourd’hui, le contexte est marqué par la crise sécuritaire liée au terrorisme dans le Sahel, les crises politiques dans plusieurs pays, la crise économique internationale qui influe sur la baisse de l’aide au développement, la crise écologique à travers le changement climatique et ses effets sur l’écosystème fragile du Sahel et bien d’autres défis sociaux et économiques. Cette situation révèle de nouveaux enjeux et nécessite la recherche de meilleures stratégies d’appui aux espaces transfrontaliers, qui deviennent des espaces de plus en plus d’actualité.

Les espaces frontaliers sont au cœur du dispositif d’intégration régionale

La coopération transfrontalière a trait aux domaines de la mutualisation des services, à l’exploitation commune de ressources, au partage de l’espace comme les espaces de transhumance et les espaces productifs agricoles dans la zone IIRSahel (pastoralisme transfrontalier et bassin d’élevage) et dans la zone SKBo (bassin céréalier, cotonnier et fruitier), etc.

Par conséquent, les politiques spatiales de développement pourraient se faire de manière différenciée en tenant compte des dynamiques territoriales, des acteurs locaux, des complémentarités et des articulations entre différentes échelles afin de mobiliser toutes les ressources territoriales pour créer les conditions nécessaires à la croissance inclusive et à la répartition équitable des richesses.

L’intérêt d’une prise en compte spécifique de la coopération transfrontalière est d’arriver à créer des espaces homogènes de coopération, à favoriser l’inter-collectivité entre les régions (au sens géographique) frontalières, à lutter en faveur du dépérissement des frontières afin de construire de véritables espaces d’intégration de proximité. Enfin, ces espaces se révèlent être les meilleurs espaces-test d’impact des politiques publiques au niveau local, notamment les politiques régionales. L’enjeu principal est de faire des zones transfrontalières des espaces de solidarité et de coopération régionale active.

Au vu de l’évolution des territoires transfrontaliers et des enjeux de leur prise en compte dans les politiques publiques ouest africaines, quels sont les défis qui se présentent aujourd’hui en matière de développement de ces espaces ? Sur quels acteurs s’appuyer pour mettre en œuvre les projets transfrontaliers ? Comment coordonner l’ensemble des actions ? Autant de questions qui nécessitent la mise en place et l’animation de cadre de dialogue et de concertation qui implique les principales autorités locales dans chaque espace transfrontalier. Comment mobiliser les ressources disponibles et indisponibles pour financer des projets transfrontaliers ? Ce défi pose la question de la maîtrise d’ouvrage et du maître d’œuvre ainsi que le circuit de financement à mobiliser. Il pose aussi celle de la pérennisation des dynamiques, des acquis et la gestion des investissements transfrontaliers. Comment sortir de l’approche projet vers une approche qui s’intègre dans les outils d’aménagement et de développement locaux? Comment gérer de manière durable et concertée les investissements transfrontaliers pour qu’ils soient profitables à toutes les collectivités ? C’est à partir d’une gestion commune des espaces frontaliers que l’on peut mieux aborder les questions foncières, maîtriser les flux migratoires, envisager une gestion partagée des ressources naturelles et l’élaboration de plan d’aménagement et de développement territorial commun entre les collectivités frontalières autour des besoins essentiels des populations : éducation, santé, assainissement, sécurité alimentaire, etc. Le programme LoBI permettra de tester certains de ces hypothèses et de contribuer au renforcement de la coopération transfrontalière dans les PMA.