Le temps presse pour développer le secteur de l’énergie propre en République démocratique du Congo. Le défi n’est pas un manque de solutions, mais un manque d’investissements dans un secteur encore jugé trop risqué par les investisseurs, freinant les financements nécessaires pour changer d’échelle.
Et pourtant, une autre approche est possible : en réduisant les risques pour les investisseurs, nous pouvons soutenir les entreprises qui produisent et distribuent ces solutions. Et ainsi, remplacer progressivement les fumées toxiques des foyers au bois par des alternatives plus propres, mobiliser davantage de capitaux et faire émerger une véritable dynamique économique autour de la cuisson propre. C’est dans cet esprit qu’un appel à manifestation d’intérêt est aujourd’hui ouvert afin d’identifier des entreprises du secteur de la cuisson propre, ainsi que des institutions financières, susceptibles de contribuer au développement de ce marché.
Maman Esther, utilisatrice de foyers améliorés, met en lumière une solution concrète soutenue par CAFI pour réduire jusqu’à 60% la consommation de combustible. Photo : Othniel LUKUSA, PNUD.
En République démocratique du Congo, plus de 90 % des ménages dépendent encore du “makala” - le charbon de bois - et du bois de chauffe pour préparer leurs repas. Les conséquences sont lourdes : déforestation accélérée, pollution de l’air domestique et pression économique croissante sur les familles.
À l’échelle mondiale, 2,1 milliards de personnes n’ont toujours pas accès aux solutions de cuisson propre. Cela se traduit par plusieurs millions de décès prématurés chaque année liés à la pollution de l’air domestique, et des pertes économiques considérables. Les femmes et les filles en paient le prix le plus lourd, consacrant souvent des heures à la collecte de bois au détriment de l’éducation ou d’activités génératrices de revenus.
La cuisson propre n’est pas un sujet marginal, elle se situe à l’intersection du climat, de l’énergie, de la santé, du genre et du développement économique. En République démocratique du Congo comme ailleurs, elle représente une priorité de développement et un levier essentiel pour réduire la pression sur les forêts, améliorer la santé des ménages et accompagner une transition énergétique plus inclusive. Pourtant, malgré son importance stratégique, le secteur n’atteint pas encore l’échelle nécessaire pour répondre aux défis d’aujourd’hui et de demain.
Les alternatives, elles, existent déjà. Des entreprises proposent des modèles de distribution de Gaz de Pétrole Liquéfié (GPL), développent des foyers améliorés ou encore des combustibles durables tels que les briquettes et les pellets. Mais de nombreuses entreprises à fort potentiel peinent encore à accéder aux financements bancaires, selon les données de la Banque mondiale, 92 % du financement des PME congolaises repose exclusivement sur leurs ressources internes, faute de crédits bancaires adaptés.
Employée de la société Brisol SARL fabriquant un cookstove amélioré à Goma, utilisant des briquettes écologiques produites à partir de déchets ménagers biodégradables. Photo : Teresa Le, UNCDF.
Pour beaucoup d’investisseurs, le secteur reste encore nouveau, ce qui alimente des incertitudes au moment d’accorder des prêts. Les modèles économiques sont encore émergents, les chaînes de valeur restent fragmentées et les garanties limitées. Dans des marchés à faibles revenus, la demande est elle aussi souvent perçue comme incertaine. De ce fait, ces entreprises se retrouvent au coeur de ce « missing middle » ou « chaînon manquant » : trop matures pour dépendre de subventions, mais encore sans garanties suffisantes, historique financier solide ou revenus stables pour accéder à des financements commerciaux.
Le véritable enjeu aujourd’hui n’est plus de prouver que les solutions d’énergie propre existent, mais de créer les conditions financières permettant à ce marché de démontrer qu’il est nécessaire à la transition énergétique, économiquement viable et attractif pour les investisseurs.
Au cours de la dernière décennie, le Gouvernement de la RDC et ses partenaires de développement ont posé les fondations du secteur de l'énergie. Sous l'impulsion du ministère des Ressources Hydrauliques et de l'Électricité et du ministère de l'Environnement, le pays s'est progressivement doté d'une Politique Nationale de l'Énergie et d'une Stratégie Nationale de la Cuisson Propre (en cours de formalisation).
Sur le terrain, ces avancées politiques ont été accompagnées par un programme conjoint du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) et de l’United Nations Capital Development Fund (UNCDF), financé par CAFI, qui a contribué à structurer le secteur, à renforcer la coordination et à envoyer des signaux clairs sur l’engagement à long terme.
Plus concrètement le programme a propulsé et financé 16 PME congolaises championnes de la transition. Pour les ménages, l'impact est direct : plus de 2 millions de Congolais ont eu accès à des solutions de cuisson améliorées, notamment des foyers et le GPL, contribuant à réduire leur dépendance au "makala" traditionnel. Ce virage énergétique a permis d'épargner plus de 350 000 tonnes de bois de chauffe, apportant une preuve concrète qu'une économie plus verte, plus locale et créatrice d'emplois peut prendre forme en RDC.
Un technicien soude un foyer amélioré pendant le processus de fabrication. Le modèle de foyer bleu présenté est produit par l’une des MPME soutenues, Brisol. Photo : Teresa Le, UNCDF.
L’approche reposait sur une idée simple : combiner un cadre réglementaire solide à des instruments financiers adaptés pour mieux répartir le risque et permettre aux capitaux de circuler. D'une part, le PNUD s’est concentré sur l'appui aux institutions publiques pour poser les bases d’un marché durable et renforcer la coordination sectorielle. D’autre part, l'UNCDF a mobilisé des financements catalytiques pour lever les freins à l'investissement privé.
Grâce à cette synergie, les entreprises locales ont renforcé leurs capacités opérationnelles, tandis que les institutions financières ont commencé à s’engager de manière plus structurée dans le secteur.
Le programme a permis de mobiliser 22,5 millions de dollars américains à partir d’un investissement initial de 1,5 million, provenant de banques commerciales locales, d’investisseurs panafricains et internationaux ainsi que de fonds climat, générant un effet de levier de 15. Les financements catalytiques ont démontré leur capacité à attirer des volumes significatifs de capitaux publics et privés lorsque les risques sont correctement structurés.
Cette première phase, portée notamment par le PNUD-RDC, a permis de poser les fondations nécessaires au passage à l’échelle. Sur cette base, l’UNCDF a lancé un nouveau programme national d’investissement de 50 millions de dollars en RDC. Le programme vise notamment à renforcer le portefeuille d’entreprises investissables, à développer des partenariats avec les institutions financières congolaises, à structurer des mécanismes de partage des risques et à accompagner le passage à l’échelle des solutions de cuisson plus propres, afin de réduire durablement la pression sur les forêts.
Pour les acteurs déjà engagés, comme pour ceux prêts à entrer sur ce marché, le moment est décisif. Ceux qui s’engagent aujourd’hui détermineront la vitesse et l’ampleur de cette transformation. L’appel à manifestation d’intérêt de l’UNCDF est ouvert en continu aux microentreprises, petites et moyennes entreprises ainsi qu’aux institutions financières, avec une revue mensuelle des candidatures fixée au 15 de chaque mois.